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La difficile décolonisation de l’espace public marseillais
Longtemps glorifiée comme la vitrine triomphante de l’expansion coloniale française, Marseille voit resurgir les fantômes de son histoire impériale. Portrait d’une ville cosmopolite confrontée à la matérialité de ses symboles historiques
 

(AfriquesPlus) - Au début du XXe siècle, Marseille se proclamait avec fierté capitale de l’Empire colonial français, laissant dans son paysage urbain des traces aussi monumentales que méconnues. Dans un reportage publié le 15 mai par la revue Afrique XXI, le journaliste Selim El-Meddeb explore les mobilisations associatives, artistiques et universitaires qui tentent aujourd’hui de sortir de l’oubli ce passé impérial, entre controverses toponymiques et réappropriations militantes de l’espace public phocéen.

Le journaliste rappelle que les allégories dénudées représentant les colonies d’Afrique et d’Asie, érigées au pied des escaliers de la gare Saint-Charles, incarnent des représentations racialisées issues de la propagande impériale.

En 2021, la militante Mariam Benbakkar du collectif Dégageons les statues avait recouvert d’une bâche noire la sculpture dédiée aux colonies africaines, proposant de transférer ces œuvres au château Talabot pour en faire un musée d’histoire coloniale.

L’artiste franco-camerounaise Rose Frigiere, membre du groupe Les Rosas, préfère quant à elle investir ces marches par des performances artistiques : « Sans ces capsules temporelles je n’aurais peut-être jamais découvert l’histoire de la colonisation. Cette statue m’a permis de me réconcilier avec la femme noire que je suis ». Toute hypothèse de démontage a toutefois été écartée depuis le classement de l’escalier aux monuments historiques en décembre 2022.

Pour Samia Chabani, directrice de l’association Ancrages et élue municipale, la priorité demeure l’installation de cartels explicatifs, alors que le projet scientifique et universitaire Mars Imperium propose depuis 2025 une lecture critique de ces édifices au Musée d’histoire de Marseille.

Xavier Daumalin, coresponsable de ce consortium de recherche, souligne que si les consciences ont mûri depuis les controverses sur le rôle positif de la colonisation en 2005, la vigilance s’impose face aux crispations contemporaines.

L’enquête met en lumière d’autres lieux méconnus, comme l’ancien siège monumental de la Compagnie algérienne, rue Saint-Ferréol, dont le coffre-fort blindé a été transformé en cabine d’essayage d’un commerce de prêt-à-porter.

Le chercheur Paul Max Morin y voit le symbole d’un passé colonial « à la fois omniprésent et illisible », ce qui l’a conduit avec ses étudiants à faire poser en octobre 2025 une plaque rappelant le rôle de l’établissement dans la spoliation foncière en Algérie. Ces initiatives soulèvent parfois de vives tensions politiques.

La commémoration des massacres de Sétif du 8 mai 1945, portée par Hassan Guenfici du Forum franco-algérien, a vu sa plaque arrachée à plusieurs reprises avant de trouver un emplacement définitif près de la porte d’Aix en 2025.

Sur le front toponymique, l’école Thomas-Bugeaud a été rebaptisée en 2022 au nom d’Ahmed Litim, tirailleur algérien tombé lors de la libération de la ville en août 1944, bien que la rue voisine Cavaignac conserve son patronyme.

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