Skip to main content
Les dérives sécuritaires du programme d’expulsion américain
Des policiers équato-guinéens ont braqué des fusils d’assaut semi-automatiques sur des migrants déportés des États-Unis et confinés dans un hôtel de Malabo, selon une enquête de Reuters
 

(AfriquesPlus) - Confinés dans un établissement hôtelier de la capitale équato-guinéenne après leur éloignement forcé du territoire américain, plusieurs dizaines d’exilés ont été mis en joue par les forces de l’ordre locales armées de fusils d’assaut semi-automatiques. Dans une enquête diffusée par l’agence Reuters le 8 septembre, le journaliste Robbie Corey-Boulet s’appuie sur des séquences vidéo et des dépositions concordantes pour documenter l’escalade sécuritaire qui frappe les personnes transférées en Afrique centrale dans le cadre des accords d’expulsion vers des pays tiers conclus par l’administration Trump.

L’accrochage a débuté samedi lorsqu’un ressortissant cubain a demandé à récupérer son téléphone portable pour contacter ses proches et un conseil juridique. Devant le refus des agents portant des insignes de la police nationale, l’Égyptien Ahmed Soliman a commencé à enregistrer la scène avec son appareil mobile avant d’être brutalement neutralisé.

« Ils ont armé leurs fusils, retiré le cran de sûreté, pointé leurs armes sur moi en m’ordonnant de me mettre à genoux, les mains en l’air… J’ai dû rester dans cette position pendant dix à quinze minutes pendant que le chaos régnait dans l’hôtel », a relaté Ahmed Soliman à l’agence de presse, soulignant que l’arrivée du directeur des lieux a permis de désamorcer l’affrontement.

Actuellement, 31 personnes demeurent cloîtrées dans cet hôtel où elles dénoncent des carences en soins médicaux, l’impossibilité d’accéder à des avocats et une grande détresse psychologique. Le mois dernier, cinq passagers ayant refusé d’atterrir lors d’un vol à destination du Liberia y avaient été déroutés sous la contrainte.

D’après le relevé de l’observatoire Third Country Deportation Watch, copiloté par Refugees International et Human Rights First, 53 personnes issues de onze pays africains mais également de Géorgie, de Jamaïque, du Brésil et de Cuba ont été acheminées à Malabo entre novembre 2025 et juillet.

Une partie notable de ces demandeurs d’asile bénéficiait pourtant de décisions de justice aux États-Unis leur accordant une protection explicite contre la torture dans leur pays d’origine.

Face à ces dérives, Meredyth Yoon, directrice du pôle contentieux de l’ONG Asian Americans Advancing Justice-Atlanta, alerte : « Une fois de plus, les preuves démontrent qu’expulser des personnes vers la Guinée équatoriale met leur vie en danger. J’espère que personne ne sera gravement blessé ou tué ».

Interrogé par le média international, le département de la Sécurité intérieure des États-Unis s’est totalement déchargé du sort des captifs : « Lorsqu’un individu n’est plus sous la garde de l’ICE, l’ICE n’en est plus responsable. C’est du bon sens ».

Le département d’État américain a quant à lui réaffirmé l’usage de toutes les voies légales d’éloignement, tandis que le gouvernement équato-guinéen n’a fourni aucune précision sur le cadre de cette rétention.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
1015
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3