(AfriquesPlus) - Deux bases de données peuvent donner deux images différentes de la même économie africaine. Dans un blog publié le 9 septembre 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA/UNECA), sous la plume de Lerato Martha Makana et Maria Dombaxi, alerte sur les écarts entre les statistiques nationales et internationales du PIB et leurs conséquences sur l’analyse économique.
L’article revient d’abord sur le cas du Sénégal, où l’audit des finances publiques commandé après l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement en 2024 a conduit à une révision majeure des chiffres. Le déficit budgétaire de 2023 a été évalué à plus de 10 % du PIB, contre environ 5 % auparavant. La dette publique, elle, a été réévaluée de 74,4 % à près de 100 % du PIB. Ces nouvelles données ont notamment conduit le FMI à suspendre son programme de soutien de 1,8 milliard de dollars et provoqué une baisse des obligations souveraines sénégalaises.
Pour la CEA, le cas sénégalais révèle un problème plus général : les indicateurs économiques dépendent aussi de la donnée utilisée comme référence. Un même niveau d’endettement peut ainsi produire un ratio dette/PIB différent selon le montant du PIB retenu.
L’analyse s’appuie sur une comparaison des données de 54 pays africains entre 2010 et 2024. Sur 1 619 comparaisons entre les statistiques des instituts nationaux et celles des bases internationales, 33,5 % présentaient un écart d’au moins 3 %. Dans neuf pays, dont le Nigeria, le Liberia, Madagascar, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, le Soudan du Sud et le Burundi, les différences apparaissent de façon répétée.
Les écarts ne concernent pas uniquement les statistiques nationales et internationales. Ils existent également entre la Banque mondiale, le FMI et la Division de statistique des Nations unies. Sur 2 377 comparaisons en dollars, 25,2 % présentaient une différence d’au moins 3 %. Dans certains cas, les écarts sont considérables : 66,7 % pour le Soudan du Sud, 47,8 % pour l’Angola et 42,1 % pour la Somalie.
Ces différences peuvent s’expliquer par les révisions des données, les changements d’année de référence, les conversions monétaires, les taux de change ou encore les dates de mise à jour des bases. Elles ne signifient donc pas automatiquement qu’une institution se trompe.
La CEA recommande toutefois de ne jamais utiliser un chiffre de PIB sans préciser sa source, son année, sa date de publication ou de mise à jour et son statut. Pour les auteurs, l’enjeu est surtout de rendre les divergences statistiques visibles afin d’éviter que des comparaisons entre pays ne donnent une image trompeuse de leurs performances économiques.
Derrière cette bataille des chiffres se joue donc une question essentielle : quelle économie africaine mesure-t-on réellement lorsque les différentes bases de données ne donnent pas le même PIB ?