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Namibie : pour une économie mixte qui place l’humain avant le profit
L’ancien professeur de l’Université de Namibie Paul John Isaak appelle à repenser le modèle économique du pays pour mieux concilier croissance, justice sociale et partage des richesses.
 

(Afriquesplus) - Dans une tribune publiée par Namibian Sun, Paul John Isaak, ancien professeur de l’Université de Namibie, ancien chef de la Commission électorale de Namibie et ancien recteur du Paulinum Lutheran Seminary, défend une économie mixte qui place les besoins des populations au-dessus de la seule recherche du profit.

La Namibie doit repenser son modèle économique afin de faire de l’amélioration du bien-être des populations la principale mesure de sa réussite. Dans une tribune publiée par Namibian Sun, le professeur Paul John Isaak défend une vision d’une économie mixte dans laquelle la recherche du profit doit rester au service de l’intérêt général.

Selon l’auteur, le modèle économique namibien est clairement défini par la Constitution. L’article 98 consacre une économie mixte, combinant intervention de l’État et initiative privée, tandis que l’article 95 fixe des objectifs tels que l’amélioration des conditions de vie, la réduction des inégalités, une répartition plus équitable des richesses et la création d’emplois.

Pour Paul John Isaak, ces principes ne doivent pas rester théoriques. La performance de l’économie ne devrait pas être évaluée uniquement à travers le produit intérieur brut, les exportations ou les bénéfices des entreprises, mais aussi à partir de critères tels que l’accès au logement, à l’éducation, aux soins de santé et à un emploi décent.

L’universitaire met ainsi en garde contre un modèle dans lequel la croissance profite principalement à une minorité. Une telle situation risque, selon lui, d’accentuer les inégalités, d’alimenter la corruption et de fragiliser la confiance des citoyens envers les institutions. À l’inverse, une société plus équitable et mieux formée crée un environnement plus favorable à l’investissement et à une croissance durable.

Cette réflexion prend une importance particulière au regard des ressources dont dispose la Namibie. Le pays possède d’importantes réserves minières et développe parallèlement ses secteurs pétrolier et gazier. Il dispose également d’un potentiel dans l’agriculture, la pêche, le tourisme et les énergies renouvelables.

Ces richesses représentent une opportunité considérable, mais aussi un risque si leur exploitation ne bénéficie pas suffisamment à la population. Namibian Sun souligne ainsi que les revenus tirés des ressources naturelles devraient contribuer au financement de l’éducation, de la santé, des infrastructures, du logement, de l’emploi et de la protection sociale. L’objectif est d’éviter le phénomène de « malédiction des ressources », dans lequel l’abondance de richesses naturelles coexiste avec la pauvreté et les inégalités.

L’auteur mobilise également la philosophie africaine de l’Ubuntu, fondée sur l’idée que le bien-être individuel est étroitement lié à celui de la communauté. Dans cette perspective, la prospérité ne peut être mesurée uniquement par l’accumulation de richesses par une minorité, mais doit se traduire par une amélioration générale des conditions de vie.

Pour autant, cette approche ne signifie pas un rejet du secteur privé ou du profit. Le professeur Isaak estime au contraire que l’investissement, l’entrepreneuriat, l’innovation et la recherche de rentabilité sont indispensables à la création de richesses et d’emplois. Le véritable enjeu est de faire du profit un moyen au service du développement humain et non la finalité ultime de l’économie.

Cette vision suppose un partenariat plus efficace entre l’État et le secteur privé. Les pouvoirs publics doivent garantir un cadre réglementaire équitable et favoriser l’accès aux opportunités économiques, tandis que les entreprises doivent prendre en compte leurs responsabilités envers leurs employés, les communautés, les consommateurs et l’environnement.

La Namibie reste cependant confrontée à d'importantes disparités économiques. L’indépendance politique obtenue en 1990 n’a pas encore permis de résorber toutes les inégalités sociales et économiques. Pour l’auteur, la véritable transformation du pays passe donc par la création d’emplois décents, le soutien aux petites entreprises, l’investissement dans les compétences, le renforcement de la protection sociale et une gestion transparente des ressources naturelles.

La conclusion de cette réflexion est claire : la Namibie a besoin d’une économie à la fois forte dans sa capacité à produire des richesses et humaine dans sa manière de les distribuer. Autrement dit, l’économie doit avoir un « corps » — l’investissement, la production, l’innovation et la croissance — mais aussi une « âme », fondée sur la justice, la solidarité, la dignité et le partage.

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