(AfriquesPlus) - Après plusieurs années de tensions croissantes, l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Alger accuse Abou Dhabi d’actions « provocatrices ou hostiles » et d’ingérence dans ses affaires ainsi que de contribuer à la déstabilisation de plusieurs foyers de crise dans la région. L’ambassadeur émirati dispose de 48 heures pour quitter le territoire algérien.
La décision, annoncée jeudi 10 septembre par la télévision d’État algérienne, marque une nouvelle étape dans la dégradation des rapports entre les deux pays. Selon les autorités algériennes, tous les efforts visant à préserver les relations bilatérales ont désormais été épuisés.
Alger a donc officiellement franchi le pas que le président Abdelmadjid Tebboune avait laissé entrevoir ces derniers mois. L’ambassadeur des Émirats arabes unis a été informé de la décision et dispose d’un délai de 48 heures pour s’y conformer.
Des tensions qui se sont accumulées
Les relations entre Alger et Abou Dhabi se sont progressivement détériorées autour de plusieurs dossiers régionaux. L’Algérie reproche notamment aux Émirats leur implication présumée dans les affaires intérieures algériennes et leur politique dans plusieurs crises du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
Les divergences sont également profondes sur la question du Sahara occidental, Abou Dhabi soutenant la position marocaine tandis qu’Alger défend le Front Polisario. Les deux pays ont aussi des intérêts et des positions opposés sur plusieurs dossiers au Sahel et en Afrique du Nord.
La dégradation avait déjà connu plusieurs épisodes au cours des derniers mois. En février 2026, Alger avait notamment engagé la dénonciation d’un accord bilatéral de transport aérien datant de 2013, signe supplémentaire de la détérioration des relations.
Tebboune avait prévenu
En juillet dernier, Abdelmadjid Tebboune avait ouvertement critiqué la politique régionale des Émirats. Il avait notamment estimé que l’Algérie aurait pu rompre plus tôt avec Abou Dhabi, mais qu’elle avait choisi de ne pas aggraver les divisions au sein du monde arabe.
Le président algérien avait alors lancé une mise en garde particulièrement sévère contre les autorités émiraties, leur reprochant leur rôle dans plusieurs conflits régionaux.
Cette déclaration apparaissait déjà comme un avertissement. Quelques semaines plus tard, Alger a finalement officialisé la rupture.
Une décision aux conséquences régionales
Cette crise dépasse désormais le cadre des relations bilatérales. L’Algérie et les Émirats sont deux acteurs influents dans les équilibres politiques et sécuritaires du monde arabe et du continent africain.
Leur confrontation intervient également dans un contexte de profondes rivalités géopolitiques, notamment autour du Sahel, de la Libye et du Sahara occidental. La rupture pourrait donc avoir des répercussions sur plusieurs dossiers régionaux où les deux pays défendent des positions divergentes.
Du côté émirati, Abou Dhabi n’avait pas annoncé de rupture avant la décision algérienne et avait récemment appelé à privilégier la diplomatie, la communication et la stabilité régionale.
Après des mois de tensions et d’accusations réciproques, le divorce diplomatique entre Alger et Abou Dhabi est désormais consommé. Reste à mesurer ses conséquences sur les relations économiques, politiques et sécuritaires entre les deux pays, mais aussi sur les équilibres déjà fragiles en Afrique du Nord et au Sahel.