(AfriquesPlus) - Pour une partie de la jeunesse africaine, le passé apparaît désormais comme une période de meilleures perspectives économiques. Dans une tribune publiée le 10 septembre 2026 par le Financial Times, l’analyste politique sud-africain Cairo Mathebula montre comment la stagnation économique nourrit une nostalgie croissante chez les jeunes générations, notamment en Afrique du Sud et au Nigeria.
En Afrique du Sud, certains jeunes de la génération Z idéalisent les années de Thabo Mbeki, associées à une croissance économique soutenue et à l’émergence d’une classe moyenne. Au Nigeria, une nostalgie similaire se développe autour de la présidence d’Olusegun Obasanjo, entre 1999 et 2007. Ces périodes sont perçues comme des moments où l’emploi, le logement et la mobilité sociale semblaient davantage accessibles.
Pour l’auteur, cette nostalgie traduit surtout un sentiment de déclassement. Les jeunes générations arrivent sur le marché du travail dans des économies marquées par le chômage, l’austérité et la faiblesse des perspectives. Elles ont le sentiment de payer le prix des choix économiques et politiques effectués par leurs aînés.
Mathebula rappelle toutefois que les années de croissance tant regrettées reposaient en grande partie sur les cours favorables du pétrole et des matières premières. Elles n’ont pas permis de construire une industrialisation suffisamment solide ni de diversifier durablement les économies. L’Afrique du Sud comme le Nigeria restent aujourd’hui exposés aux fluctuations des ressources dont dépendent encore leurs finances et leurs échanges.
Cette frustration économique nourrit aussi les contestations politiques. Des mouvements comme End SARS au Nigeria ou Fees Must Fall en Afrique du Sud expriment une demande de justice, de responsabilité et de lutte contre la corruption. Le manque de perspectives alimente parallèlement la xénophobie en Afrique du Sud et différentes formes de violence au Nigeria.
L’auteur estime finalement que cette nostalgie doit surtout être comprise comme un signal d’alarme. Les périodes de croissance passées n’ont pas suffisamment préparé les économies africaines aux générations futures. Pour sortir de cette impasse, les pays doivent renforcer leurs institutions, diversifier leur économie et créer davantage d’opportunités plutôt que chercher simplement à reproduire les modèles du passé.