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Avant New York, il y a eu Nairobi, l'autre 11-Septembre kényan
Un attentat a précédé de trois ans celui de New York, et il s'est joué à Nairobi. Une enquête de The Continent retrace comment ce drame de 1998 a scellé, pour vingt-cinq ans, l'alliance sécuritaire du Kenya avec Washington
 

(AfriquesPlus) - Selon l'enquête d'Otiano Guguyu, publiée depuis Kisumu dans The Continent du 12 septembre 2026 (n° 253, en collaboration avec Egab), tout remonte à août 1998. Un camion piégé explose devant l'ambassade américaine de Nairobi, tuant 213 personnes, en majorité kényanes, aux côtés de 12 Américains, tandis qu'une explosion simultanée à Dar es-Salaam fait 11 morts. Revendiqué par Al-Qaïda et Oussama ben Laden, l'attentat déclenche alors la plus vaste enquête jamais menée par le FBI. Trois ans plus tard, les images du 11-Septembre résonneront d'un écho familier pour beaucoup de Kényans, « l'actualité était partout, c'était comme l'attentat de 1998 », se souvient William Waka, étudiant à l'époque, cité dans l'article.

L'alignement sécuritaire s'accélère dans les années qui suivent : le financement militaire américain au Kenya est multiplié par 15 dès 2002, et Washington finance en 2004 un centre national de lutte antiterroriste directement intégré à l'appareil de renseignement kényan, faisant du pays le principal partenaire sécuritaire des États-Unis en Afrique de l'Est. « La posture après le 11-Septembre était très idéologique », résume auprès de The Continent le stratège sécuritaire Byron Adera, ancien officier des forces spéciales kényanes. Sommé de choisir un camp — « soit vous êtes avec nous, soit avec les terroristes » —, le Kenya, selon lui, « s'est volontairement intégré à l'infrastructure sécuritaire américaine et à ses politiques ». Cet alignement vaudra aussi au pays d'être visé par les groupes armés régionaux, au premier rang desquels al-Shabaab, dont les attaques se multiplient à partir de 2011, après l'entrée des troupes kényanes en Somalie.

La décennie 2010 marque l'apogée de la violence, avec l'attaque du centre commercial Westgate en 2013 (plus de 60 morts) puis le massacre de l'université de Garissa en 2015 (147 morts). Dans la foulée de Garissa, une vaste opération de sécurité conduit à l'arrestation sans inculpation d'environ 4 000 personnes, essentiellement dans le quartier somalien d'Eastleigh à Nairobi. Une rafle dénoncée par les défenseurs des droits humains pour son caractère ouvertement ethnique et religieux. « Le profilage s'est fait progressivement », explique encore Byron Adera, à mesure que le pays s'enfonçait dans le dispositif sécuritaire américain jusqu'à en faire, selon lui, une politique généralisée visant toute personne d'origine somalienne.

Alors que les musulmans représentent environ 11 % de la population kényane, cette suspicion institutionnalisée pousse nombre d'entre eux à éviter les espaces publics. « De nouvelles unités de police ont été créées pour cibler Somalis et musulmans », témoigne dans l'article un ancien réfugié somalien rentré à Mogadiscio, évoquant des proches jetés en prison ou disparus sans laisser de trace. Selon The Continent, les lois antiterroristes ont par ailleurs servi à intimider la société civile, les journalistes et les défenseurs des droits, à travers rafles, détentions prolongées et restrictions médiatiques devenues récurrentes. Aujourd'hui encore, les fouilles systématiques dans les centres commerciaux et bâtiments publics rappellent, conclut l'enquête, ce marché post-11-Septembre. Un soutien international obtenu au prix d'une discrimination durable envers des communautés entières.

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