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Ce que la table des chefs d'État africains révèle d'eux
Dans sa chronique hebdomadaire « Le Off » du 9 mai dernier, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique, François Soudan, dresse le portrait de trois catégories de chefs d'État africains à travers ce qu'ils mangent
 

(AfriquesPlus) - Champagne rosé au petit matin, tortues d'élevage ou plateaux de poulet frit, la gastronomie présidentielle en dit parfois plus long que les discours officiels. Dans sa chronique hebdomadaire « Le Off », le directeur de la rédaction de Jeune Afrique, François Soudan, dresse le portrait de trois catégories de chefs d'État africains à travers ce qu'ils mangent.

François Soudan raconte avoir personnellement fait l'expérience du protocole culinaire de l'ancien président togolais Gnassingbé Eyadéma, qui recevait volontiers ses invités dès 6 heures du matin au Palais de Lomé II, avec des brochettes « Tchitchinga » très épicées arrosées de champagne rosé pour en éteindre le feu, une mise en scène, selon le journaliste, entièrement calculée. Ce président appartenait, écrit-il, à la catégorie des « tradis », ces chefs d'État qui ne jurent que par les produits du terroir.

Eyadéma privilégiait la viande d'agouti et la pâte de maïs, le Congolais Denis Sassou Nguesso les tortues d'élevage et les safous, l'ex-président centrafricain François Bozizé la chair d'antilope, et le Mauritanien Maaouiya Ould Taya jusqu'au couscous de dromadaire servi au creux des dunes d'Atar selon une recette attribuée à Ibn Battûta. Mobutu Sese Seko, lui, imposait à ses invités le poisson fumé, au point qu'un joaillier belge avait dû être évacué en urgence après s'être étouffé avec une arête de tilapia lors d'un déjeuner à Gbadolite, incident que le maréchal zaïrois avait accueilli, selon le chroniqueur, d'un sourire. 

Ces chefs voyagent généralement avec leurs propres cuisiniers, et l'abondance ostentatoire des plats y fonctionne comme un marqueur de puissance, le surplus étant redistribué au personnel, aux chauffeurs ou aux gardes du corps.

À l'opposé de cette rusticité assumée, François Soudan situe les « afrogourmets » — Alassane Ouattara, Patrice Talon, Faure Gnassingbé, Abdoulaye Wade, Ibrahim Boubacar Keïta ou Mohamed Bazoum —, plus familiers des cuisines de grands hôtels que des traditions villageoises. 

Le Guinéen Alpha Condé, longtemps installé à Paris, incarnait à ses yeux un entre-deux assez inattendu : gambas et fonio pouvaient y côtoyer les surgelés Findus rapportés de France, tandis que ses séjours parisiens à l'hôtel Raphaël se transformaient en défilé de livreurs Deliveroo. 

L'ancien président ghanéen John Kufuor n'aurait quant à lui pas fait meilleure impression gastronomique : il avait invité le journaliste à un déjeuner à l'Osu Castle d'Accra où figuraient au menu Coca Light et poulet frit KFC. Une insouciance culinaire que François Soudan pousse à son paroxysme avec le Rwandais Paul Kagame, interrogé sur ses plats préférés et qui aurait répondu froidement : « Aucun. Je mange ce qu'on me sert », allant, lors des toasts officiels, jusqu'à feindre de simplement tremper les lèvres dans son verre de champagne.

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