(AfriquesPlus) - À Kinshasa, un colloque consacré à la prévention du suicide a mis en lumière une crise encore largement passée sous silence en République démocratique du Congo. Dans un pays marqué par les conflits, les violences, la précarité et les traumatismes, les professionnels de santé et les associations appellent l’État à renforcer d’urgence la prévention et la prise en charge de la souffrance psychique.
Le suicide demeure l’un des sujets les plus difficiles à aborder en République démocratique du Congo. Pourtant, derrière les chiffres et les témoignages encore rares, les spécialistes alertent sur une situation qui prend des proportions préoccupantes.
Réunis vendredi 11 septembre à Kinshasa à l’occasion d’un colloque consacré à la prévention du suicide, organisé par l’ONG Stop au suicide en RDC, associations, psychologues et acteurs de santé ont appelé à briser le silence autour de la santé mentale et à faire de la prévention une véritable priorité de santé publique.
Briser le silence autour de la souffrance psychique
Dans une société où les troubles psychologiques restent encore entourés de nombreux préjugés, les personnes en détresse peuvent avoir des difficultés à parler de leur souffrance ou à accéder à une aide spécialisée.
Cette situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes, mais aussi dans les régions de l’Est du pays, profondément marquées par des années de conflits armés, de violences et de déplacements de populations.
Guerres, traumatismes, violences, précarité économique, isolement ou encore harcèlement : les facteurs susceptibles de fragiliser la santé mentale sont nombreux.
Selon les données citées lors du colloque, la RDC figurerait parmi les pays africains enregistrant le plus grand nombre de cas de suicide. Les participants soulignent toutefois les difficultés liées au manque de données fiables et à la faiblesse des dispositifs permettant de documenter et de prévenir le phénomène.
Une ligne nationale d’écoute réclamée
Face à cette situation, l’Association Stop au suicide en RDC demande notamment la création d’une ligne nationale d’écoute, gratuite et anonyme.
Un tel dispositif permettrait aux personnes en situation de détresse de parler à un interlocuteur formé, sans crainte d’être jugées, puis d’être orientées vers les structures ou professionnels capables de leur apporter un accompagnement.
L’objectif est notamment de toucher les jeunes, particulièrement exposés aux difficultés psychologiques mais qui disposent souvent de peu d’espaces sécurisés pour exprimer leurs problèmes.
Quand les personnalités brisent les tabous
La prévention passe également par la parole publique. Lors du colloque, le chanteur congolais Félix Wazekwa a accepté de partager un souvenir personnel particulièrement douloureux : une tentative de suicide de son père à laquelle il avait assisté durant son enfance.
Ce témoignage, rare dans l’espace public congolais, vise à montrer l’importance de l’écoute et de la solidarité familiale face à une personne en détresse.
Pour les acteurs de la prévention, parler de ces situations sans jugement contribue à réduire la stigmatisation et peut encourager les personnes en souffrance à demander de l’aide.
Les psychologues réclament davantage de moyens
Les professionnels de santé présents à Kinshasa insistent également sur la nécessité de mieux prendre en charge les conséquences psychologiques des traumatismes.
L’Union nationale des psychologues cliniciens met notamment en avant la prise en charge du stress post-traumatique, du harcèlement et des maladies mentales chroniques.
Les spécialistes demandent la création d’espaces d’écoute sécurisés et un financement durable permettant de développer des services d’accompagnement dans l’ensemble des provinces du pays.
Pour eux, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les associations et les initiatives individuelles. Elle nécessite une véritable politique publique de santé mentale, avec des professionnels formés, des structures accessibles et des mécanismes de prévention adaptés aux réalités locales.
Une responsabilité désormais politique
À l’issue du colloque, les participants espèrent que leurs propositions seront relayées par les élus et intégrées dans les politiques publiques.
Dans un pays confronté à des crises multiples, la santé mentale reste souvent reléguée au second plan. Pourtant, pour les spécialistes, les traumatismes accumulés au fil des années rendent aujourd’hui indispensable une réponse à la hauteur des besoins.
La RDC est ainsi appelée à passer d’une approche essentiellement réactive à une véritable politique nationale de prévention du suicide et de prise en charge de la santé mentale.
Car derrière cette « crise silencieuse », rappellent les participants, il y a avant tout des personnes qui souffrent et qui ont besoin d’être écoutées, accompagnées et protégées.