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Adèle Haenel censurée sur France 5, la gauche dénonce un recul du service public
La suppression du replay de ''La Grande Librairie'' après les propos de Haenel sur Gaza provoque une levée de boucliers à gauche. Plusieurs responsables dénoncent une censure et contestent l’argument du pluralisme invoqué par France Télévisions.
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=q6sqOdhFtwQ

(AfriquesPlus) - La suppression du replay de « La Grande Librairie » après une prise de parole d’Adèle Haenel sur Gaza provoque une vive controverse en France. De La France insoumise aux socialistes, en passant par les communistes et les écologistes, plusieurs responsables de gauche dénoncent une censure et interrogent les obligations de pluralisme invoquées par France Télévisions.

Invitée le 9 septembre dans l’émission de France 5 pour présenter son livre « Viser juste », la comédienne et autrice a bénéficié de la rubrique « Droit dans les yeux », une carte blanche proposée par le présentateur Augustin Trapenard. Après avoir évoqué les violences sexuelles et le silence qui les entoure, elle a élargi son propos à la situation à Gaza.

Adèle Haenel a notamment déclaré que « l’État d’Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice », avant d’appeler à « sanctionner Israël » et à « libérer la Palestine ». La séquence, diffusée en direct, a ensuite disparu du replay de l’émission disponible sur France.tv.

France Télévisions a justifié cette décision le 11 septembre en affirmant qu’« il n’y a aucune censure ». Le groupe explique avoir retiré la séquence « à titre conservatoire », en raison de saisines adressées à l’Arcom et du caractère particulièrement sensible du sujet abordé.

La direction invoque notamment l’article 35 de son cahier des charges, qui impose au service public de garantir le pluralisme et l’expression de différents points de vue sur les sujets controversés. France Télévisions estime que les propos tenus dans la séquence n’étaient pas accompagnés des conditions nécessaires de mise en perspective et de diversité des opinions.

Cette justification est contestée par une partie de la gauche, qui rappelle le caractère particulier de la rubrique « Droit dans les yeux ». Il s’agit d’une carte blanche permettant à une personnalité invitée de développer un propos personnel, et non d’un débat contradictoire. La controverse porte donc désormais sur la question de savoir si une telle tribune doit répondre aux mêmes exigences qu’une séquence d’information ou de débat.

La France insoumise a été particulièrement virulente. Mathilde Panot a dénoncé la suppression des propos d’Adèle Haenel, tandis que Clémence Guetté et Manuel Bompard ont utilisé explicitement le terme de « censure ». Plusieurs autres responsables et parlementaires insoumis ont relayé la séquence sur les réseaux sociaux et appelé à sa diffusion.

Au Parti socialiste, Olivier Faure a également contesté la décision. « Le principe d’une carte blanche, c’est de laisser la parole », a déclaré le premier secrétaire du PS, qui s’est interrogé sur l’existence éventuelle de « points de vue interdits » sur le service public. Il a jugé la suppression de la séquence « une honte » en l’absence de justification suffisante.

Le Parti communiste français et Les Écologistes se sont également joints aux critiques. Le sénateur communiste Ian Brossat a dénoncé la suppression de la séquence, tandis que la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a demandé pourquoi le service public avait « cédé avec tant de rapidité à la pression de l’extrême droite ». Le député du Rassemblement national Julien Odoul avait, de son côté, annoncé une saisine de l’Arcom.

La comparaison avec une précédente intervention d’Annie Ernaux nourrit également la polémique. En juin 2025, l’écrivaine avait utilisé la même tribune pour évoquer Gaza et parler d’un « génocide ». Sa prise de parole était restée accessible sur les réseaux sociaux de l’émission, ce que les détracteurs de France Télévisions présentent comme un exemple de traitement différent de propos portant sur le même conflit.

La contestation dépasse aussi le monde politique. Edwy Plenel a appelé à « partager le cri d’Adèle Haenel » et dénoncé la décision de France Télévisions. Des organisations de critique des médias ont également mis en cause le choix de la direction du groupe.

La CGT de France Télévisions a, elle aussi, condamné la décision, estimant que le principe même de la carte blanche consacre la liberté d’expression. Le syndicat dénonce un « deux poids deux mesures » dans le traitement des prises de parole consacrées au conflit israélo-palestinien et demande le rétablissement de la séquence sur France.tv.

Pour Adèle Haenel, la suppression du replay vient paradoxalement confirmer le message qu’elle entendait faire passer. Elle affirme s’être attendue au retrait de son intervention et avoir enregistré la séquence. La diffusion de copies sur les réseaux sociaux a depuis donné à ses propos une audience qu’ils n’auraient probablement pas eue si le replay était resté en ligne.

Au-delà de la polémique autour de Gaza, l’affaire pose donc une question plus large sur le fonctionnement de l’audiovisuel public français. France Télévisions invoque ses obligations de pluralisme et de responsabilité éditoriale ; ses détracteurs estiment au contraire que la suppression d’une parole déjà diffusée constitue précisément une restriction de la liberté d’expression.

Le débat porte désormais sur la frontière entre pluralisme et contradiction. Pour ses opposants, retirer une carte blanche parce qu’elle ne présente pas de point de vue contradictoire revient à confondre une tribune personnelle avec une émission d’information. Pour France Télévisions, les obligations particulières du service public imposent au contraire un cadre différent dès lors qu’une séquence aborde un sujet géopolitique aussi sensible.

L’affaire Haenel dépasse ainsi le seul cas de la comédienne. Elle relance en France la question de l’indépendance de l’audiovisuel public, de sa capacité à accueillir des paroles controversées et de la manière dont il doit concilier liberté d’expression et exigences de pluralisme.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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