(AfriquesPlus) - Jean-Luc Mélenchon a livré ce vendredi 12 septembre, sur la scène de la Fête de l'Humanité, un discours d'environ une heure et vingt minutes, mêlant hommage à la presse, diagnostic économique et mise en garde géopolitique, dans un climat de forte inflation et de tensions sociales en France.
Le leader de La France insoumise a ouvert son intervention demandant une minute de recueillement en mémoire des quelque 300 journalistes tués à Gaza et au Liban, avant de dénoncer ce qu'il a qualifié d'incrustation de l'extrême droite dans l'audiovisuel public et privé français, citant nommément plusieurs figures médiatiques qu'il accuse de partialité. Il a réclamé qu'un éditorialiste issu de la rédaction de l'Humanité obtienne une place dans les grandes chaînes.
Le cœur de son intervention a porté sur la vie chère. Contestant le chiffre officiel de 3 % d'inflation, il a opposé des hausses sectorielles bien plus marquées selon lui depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, avec 150 % pour le gaz et 30 % pour les carburants et l'alimentation. Pour lui, cette flambée des prix ne résulte ni de la rareté ni du hasard, mais d'un rapport de force entre classes sociales et de marges patronales, notamment celles des raffineurs, qu'il assure avoir vu quadrupler depuis le déclenchement de la guerre contre l'Iran. Il a appelé les militants à rétablir ce rapport de force par le bulletin de vote et par l'action collective, insistant sur le devoir de solidarité de ceux dont les revenus permettent d'amortir la crise.
Sur le plan programmatique, il a détaillé plusieurs mesures d'urgence. Il a défendu le blocage des prix et des marges, en particulier sur les carburants, la création d'un état d'urgence sociale et d'un état d'urgence écologique sur le modèle de l'état d'urgence sécuritaire actuellement prévu par la Constitution, et le rétablissement de l'échelle mobile des salaires, c'est-à-dire l'indexation périodique des salaires sur le coût de la vie, un mécanisme en vigueur en France de 1952 à 1983 et toujours appliqué en Belgique. Il a par ailleurs dénoncé ce qu'il appelle l'échelle mobile du capital, le mécanisme par lequel certains titres de dette publique voient leurs intérêts et leur capital indexés sur l'inflation, un dispositif qu'il attribue en partie à un emprunt lancé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.
Il a longuement défendu sa proposition d'annuler ou de geler les titres de dette française rachetés par la Banque centrale européenne pendant la crise du Covid-19, répondant point par point aux critiques de la présidente de la BCE Christine Lagarde et du gouverneur de la Banque de France. Il a rappelé que la Cour de justice de l'Union européenne avait déjà validé, selon lui, la légalité du rachat de dette publique par la BCE lors d'un recours porté par l'Allemagne. Il a également revendiqué la fin de la fiscalisation de la Sécurité sociale et la réorientation de l'épargne des Français, évoquant les encours de la Caisse des dépôts et de l'assurance-vie, vers l'investissement productif national.
Le dirigeant insoumis est revenu sur la récente victoire électorale du parti Alternative für Deutschland dans un Land allemand, l'analysant comme la conséquence de décennies de sous-investissement et d'alliances entre sociaux-démocrates et droite, avant d'établir un parallèle avec la situation française et les choix passés du Parti socialiste.
S'il devient président de la République, a-t-il déclaré, la France s'opposera à la reconstitution d'une armée conventionnelle allemande dominante en Europe, ne cédera en aucun cas son siège au Conseil de sécurité de l'ONU, et refusera de participer à une éventuelle guerre entre les États-Unis et la Chine. Il a également critiqué les politiques migratoires européennes, notamment les centres de rétention aux frontières, et réaffirmé son soutien au droit international face aux actions d'Israël à Gaza et des États-Unis à l'égard de Cuba.
Il a évoqué l'irréversibilité du changement climatique, la nécessité d'une surveillance satellitaire renforcée et d'une régulation internationale de l'intelligence artificielle, avant de conclure sur un appel à la mobilisation en vue de l'élection présidentielle de 2027, promettant un grand ménage dans les institutions si la gauche accède au pouvoir.