(AfriquesPlus) - Xavier Niel s'apprête à devenir le premier actionnaire de Vodafone, après le rachat pour 5,1 milliards d'euros des parts détenues par le groupe émirati e& (ex-Etisalat), via son véhicule d'investissement Vega, selon Forbes Afrique, dans un article signé Marie-France Réveillard paru dans le numéro 93 du magazine, daté septembre-octobre 2026. L'opération, annoncée le 10 juillet dernier, doit encore obtenir les autorisations en matière de concurrence et d'investissements directs étrangers avant la fin de l'année. Devenu, selon ses mots cités par Forbes Afrique, un groupe « plus simple et davantage recentré sur ses activités essentielles », Vodafone disposerait d'un « fort potentiel de création de valeur encore inexploité, tant en Europe qu'en Afrique ».
Ce potentiel africain n'a rien d'accessoire. Vodafone est actionnaire majoritaire du kenyan Safaricom, opérateur coté à Nairobi et pionnier du mobile money à travers M-Pesa, et le groupe britannique est également présent en Afrique du Sud, en Égypte, au Lesotho, au Mozambique, en Tanzanie, en RDC et en Éthiopie. Fin mars 2026, sa filiale Vodacom comptait 237,3 millions de clients, dont 103 millions d'utilisateurs de services financiers en incluant Safaricom. Avec des marchés comme l'Égypte, ses plus de 110 millions d'habitants, la RDC, ses 116 millions d'habitants, et l'Éthiopie, ses 125 millions d'habitants, Forbes Afrique souligne que le continent représente pour Vodafone l'un des « derniers grands réservoirs de croissance numérique du monde ».
Ce retour africain de Xavier Niel, quelques années après la cession de Free Sénégal devenu YAS au groupe malgache Axian, tranche avec sa formule restée célèbre en 2022, selon laquelle Vodafone serait « trop gros, trop lent et trop complexe ». Le ton a changé depuis l'annonce de juillet, l'entrepreneur assurant désormais soutenir « pleinement l'équipe dirigeante et sa stratégie » de la directrice générale de Vodafone, Margherita Della Valle. Selon Forbes Afrique, cette opération traduit aussi un repositionnement des investisseurs du Golfe, le retrait d'e& s'expliquant moins par un désengagement du continent que par une réallocation de capitaux vers des actifs offrant un contrôle opérationnel plus direct.
Le magazine relève que la concurrence télécoms en Afrique s'étend désormais bien au-delà des seuls abonnés mobiles, dans un contexte marqué par la structuration de la Zone de libre-échange continentale africaine. Elle englobe la chaîne de valeur numérique dans son ensemble, des câbles sous-marins aux data centers, en passant par le cloud, les services financiers et les infrastructures d'intelligence artificielle, un mouvement résumé par James Ratzer, de l'institut New Street Research, cité par Forbes Afrique via Reuters : « La concurrence ne porte plus sur la seule conquête d'abonnés ».
Sur ce terrain, Vodafone doit composer avec des rivaux solidement implantés sur le continent, le sud-africain MTN et ses quelque 288 millions de clients, le français Orange, présent dans 17 pays africains, ou encore le britannique Airtel Africa. Pour Forbes Afrique, cette recomposition dessine une nouvelle géopolitique du numérique où entrepreneurs technologiques, opérateurs historiques, fonds souverains et États se disputent les infrastructures qui façonneront l'économie numérique africaine des prochaines décennies.