(AfriquesPlus) - Le décès de Mohamed Coulibaly, jeune entrepreneur d’origine malienne de 24 ans, prend une nouvelle dimension aux États-Unis. Accusé d’avoir orchestré une vaste escroquerie dans le commerce en ligne visant notamment des joueurs et anciens joueurs de la NFL, il a été retrouvé mort le 31 juillet dans la piscine d’une résidence du New Jersey. Les circonstances de sa mort font désormais l’objet d’une enquête criminelle.
Dans un article publié le 30 août 2026, le New York Times, dans un article écrit par Sarah Maslin Nir et Mohamed Ag Hamaleck, revient sur cette affaire qui mêle investissements frauduleux présumés, sportifs professionnels et une disparition encore entourée de nombreuses zones d’ombre. L’article, consacré à Mohamed Coulibaly et à son parcours entre le Mali et les États-Unis, s’inscrit dans une série d’enquêtes consacrées à l’affaire.
Selon les éléments rapportés par le quotidien américain, Coulibaly aurait attiré des investisseurs, dont plusieurs sportifs de haut niveau, en leur proposant de prendre des participations dans des boutiques de commerce électronique présentées comme particulièrement rentables. Ces entreprises fonctionnaient sur Shopify, une plateforme largement utilisée pour la création de magasins en ligne.
Le dispositif reposait notamment sur des tableaux de bord censés permettre aux investisseurs de suivre les ventes de leurs boutiques. Mais des investigations antérieures, notamment celle publiée par Barron's, ont conclu que certaines transactions affichées auraient été saisies manuellement afin de donner l’impression d’une activité commerciale florissante. Coulibaly avait contesté ces accusations, affirmant que les informations publiées à son sujet reposaient sur une mauvaise compréhension de la technologie utilisée.
L’affaire a pris une ampleur particulière en raison du profil des investisseurs sollicités. Plusieurs anciens joueurs de la NFL ont affirmé avoir perdu des sommes importantes. L’ancien linebacker des New York Giants Tae Crowder a notamment déclaré avoir investi 500 000 dollars. D’autres anciens joueurs ont également fait état de pertes importantes, tandis que plusieurs personnalités du monde sportif figuraient parmi les personnes présentées comme clientes ou partenaires de l’entreprise.
L’ancien directeur général des Arizona Cardinals, Steve Keim, était également associé à l’entreprise de Coulibaly. Il a depuis affirmé avoir lui-même été victime du système et avoir perdu de l’argent. Son implication aurait contribué à renforcer la crédibilité de l’opération auprès de certains investisseurs, plusieurs sportifs ayant été rassurés par la présence d’un responsable aussi connu dans le milieu de la NFL.
Au-delà des pertes financières, le décès de Coulibaly ajoute une dimension mystérieuse à l’affaire. Le jeune homme a été retrouvé sans vie dans une piscine à Harrison Township, dans le New Jersey, après qu’un membre de sa famille eut demandé une intervention des autorités, inquiet de son état.
Les autorités du comté de Gloucester ont depuis confirmé que certains documents relatifs à sa mort relevaient d’une enquête criminelle. Cette évolution laisse penser que les enquêteurs cherchent notamment à déterminer les circonstances exactes de son décès. Aucune conclusion officielle n’a toutefois été rendue publique sur la cause ou les modalités de sa mort.
Selon des informations rapportées par Barron's, Coulibaly se trouvait par ailleurs sous une forte pression financière dans les heures précédant sa mort. Il aurait sollicité un prêt de 75 000 dollars auprès d’un ancien investisseur à qui il devait déjà une importante somme d’argent. Pour garantir ce nouveau prêt, il aurait proposé notamment une Lamborghini et deux montres de luxe. L’opération aurait finalement échoué après que l’investisseur eut constaté que les montres remises étaient contrefaites et que le véhicule promis n’avait pas été livré.
L’affaire fait également l’objet d’investigations fédérales. Le FBI a interrogé plusieurs personnes présentées comme victimes ou investisseurs de l’entreprise. Steve Keim a notamment indiqué avoir été entendu par les enquêteurs et être considéré comme une victime du dispositif présumé.
Pour les investisseurs concernés, la mort de Mohamed Coulibaly laisse désormais de nombreuses questions sans réponse, notamment sur l’étendue exacte du système, la destination des fonds et l’éventuelle implication d’autres personnes. Plusieurs victimes présumées cherchent à reconstituer les flux financiers et à comprendre comment elles ont pu être convaincues par des entreprises dont les performances commerciales sont aujourd’hui fortement contestées.
Le parcours de Coulibaly contribue aussi à expliquer l’ampleur de la confiance dont il aurait bénéficié. Il se présentait comme un entrepreneur à succès, proche de sportifs et de personnalités publiques, et mettait en avant son parcours entre le Mali et les États-Unis. Cette image aurait constitué un élément déterminant pour attirer de nouveaux investisseurs.
À ce stade, les accusations de fraude restent des allégations : Mohamed Coulibaly n’avait pas été condamné pour ces faits avant sa mort et avait nié les accusations portées contre lui. Les investigations américaines devront désormais déterminer la réalité et l’ampleur des infractions financières alléguées, mais aussi éclaircir les circonstances de son décès.
L’affaire illustre en tout cas les risques auxquels peuvent être confrontés les sportifs et autres personnalités disposant de revenus importants lorsqu’ils investissent dans des entreprises dont la rentabilité repose largement sur des informations fournies par leurs promoteurs. Elle rappelle également que la notoriété et les réseaux personnels peuvent parfois servir de puissant levier de confiance dans des opérations financières complexes.