(AfriquesPlus) - À la périphérie de Lusaka, le premier temple Shaolin d’Afrique ne forme pas seulement de jeunes spécialistes des arts martiaux. Pour des dizaines de jeunes Zambiens, souvent issus de milieux modestes, ce lieu est devenu une école, un foyer et surtout une source d’espoir.
À 18 kilomètres au nord de Lusaka, la capitale zambienne, un étonnant décor surgit dans le paysage : pagodes, dragons colorés, jeunes pratiquant les acrobaties et les arts martiaux. Le premier temple Shaolin d’Afrique ressemble à un fragment de Chine installé au cœur de la Zambie.
Mais derrière les démonstrations de kung-fu et les impressionnantes danses du dragon, le site joue un rôle bien plus profond. Pour les 37 élèves qui y vivent et s’y entraînent, il constitue une véritable école de la vie.
Construit sur un terrain de 20 000 mètres carrés, le complexe a été financé grâce au soutien de l’homme d’affaires chinois Jiang Qingde. Son coût de construction est estimé à près de six millions de dollars.
Le temple est aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles de l’influence culturelle chinoise en Zambie, un pays où Pékin est déjà fortement présent à travers les investissements dans les mines, les infrastructures, les routes et les industries.
Une discipline qui transforme les jeunes
Pour John Bwalya, 23 ans, l’aventure a commencé il y a trois ans. Issu d’une famille de neuf enfants, le jeune homme avait grandi en regardant des films d’arts martiaux à la télévision.
Aujourd’hui, il vit au temple avec d’autres élèves, dont beaucoup sont originaires de milieux défavorisés.
Le quotidien est particulièrement exigeant. Les journées commencent dès trois heures du matin et sont rythmées par les études, les entraînements et la vie communautaire. Le temple est à la fois une école, un centre sportif et un foyer.
Pour Saulo Woonga, 18 ans, l’arrivée au temple n’était pas un choix personnel. Sa mère l’y avait envoyé après une bagarre dans son quartier.
L’adolescent a depuis appris à canaliser son énergie dans la discipline et l’entraînement.
Mathews Mafulu, lui aussi âgé de 18 ans, raconte une autre histoire. Victime de harcèlement et peu motivé par l’école avant son arrivée, il affirme que le kung-fu l’a profondément changé.
Il se décrit aujourd’hui comme étant davantage en forme, plus créatif et plus fort.
Un échange entre la Chine et l’Afrique
Sous la supervision d’instructeurs chinois, mais également africains, les élèves découvrent non seulement les arts martiaux, mais aussi certains aspects de la culture chinoise.
Pour Mathews Mafulu, cette présence ne doit pas être interprétée comme une prise de contrôle étrangère.
À ses yeux, le temple représente avant tout un espace d’échange.
Les jeunes Zambiens découvrent de nouvelles traditions et de nouvelles méthodes d’apprentissage, tandis que les instructeurs chinois sont également confrontés aux réalités et aux cultures africaines.
Cette dimension est importante dans un pays où l'influence économique de la Chine est régulièrement au centre des débats.
À Lusaka, le temple Shaolin offre ainsi un visage différent de cette relation : celui de la culture, de la formation et des échanges humains.
Les moines du kung-fu deviennent des stars des réseaux sociaux
La notoriété du temple dépasse désormais largement les frontières de la Zambie.
Les vidéos montrant les entraînements, les acrobaties, les danses du dragon et le quotidien des élèves attirent des millions de vues sur TikTok et Douyin, la version chinoise de la plateforme.
Ronald Mwale, 26 ans, est devenu l’une des figures les plus populaires du temple.
Connu sous le nom de Hang Shao, le jeune homme parle aujourd’hui mandarin et s’est déjà rendu à plusieurs reprises en Chine. Il prépare désormais un séjour d’un an dans le pays.
Ses vidéos consacrées à la vie au temple lui ont permis de réunir plus de 615 000 abonnés sur TikTok.
Mais son ambition va désormais plus loin. Ronald Mwale rêve de devenir acteur.
Il a déjà participé à son premier film, publié sur YouTube en mars, qui a enregistré près d’un demi-million de vues.
Pour lui comme pour plusieurs de ses camarades, le kung-fu est donc devenu une porte vers de nouvelles opportunités.
Bien plus que des combattants : une fabrique d’espoir
Après les séances d’entraînement et les impressionnantes démonstrations physiques, le silence s’installe dans le temple.
Les élèves, vêtus de robes orange et jaune, se rassemblent pour les prières et les chants bouddhistes.
Dans ce lieu où se croisent traditions africaines et chinoises, arts martiaux et spiritualité, discipline et rêves de réussite, l’objectif dépasse largement la formation de combattants.
Pour Yan Chen, l’instructeur chinois arrivé en Zambie en 2022, le temple Shaolin représente avant tout une chance offerte à des jeunes qui n’en ont pas toujours beaucoup.
« Cela leur donne de l’espoir pour leur vie », résume-t-il.
Et c’est sans doute là que réside la véritable force de ce temple installé aux portes de Lusaka : derrière les coups de pied, les acrobaties et les dragons colorés, il forge surtout des jeunes capables de croire en leur avenir.
Au temple Shaolin de Lusaka, le kung-fu n’est donc pas seulement un sport ou un art martial. Pour beaucoup de jeunes Zambiens, il est devenu un chemin vers la discipline, la confiance en soi et l’espoir.