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Esclavage, l’ONU ouvre la voie à une conception élargie des réparations
Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) vient de franchir une nouvelle étape dans le débat sur les réparations liées à la traite transatlantique des Africains
 

(SenePlus) - Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) vient de franchir une nouvelle étape dans le débat sur les réparations liées à la traite transatlantique des Africains. Dans un document adopté la semaine précédente et publié le 31 août 2026, l’instance estime que les États parties à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ont l’obligation de prendre des mesures pour réparer les préjudices liés à l’esclavage et à ses conséquences persistantes.

Le texte, intitulé General Recommendation-40, élargit ainsi la notion de réparation. Selon le comité, celle-ci ne doit pas se limiter à une compensation financière, mais inclure des mesures monétaires, non monétaires et structurelles destinées notamment à restaurer la dignité, l’égalité et les droits des personnes d’ascendance africaine.

Cette interprétation pourrait donner un nouvel appui juridique aux revendications portées depuis plusieurs années par les mouvements réclamant des réparations pour l’esclavage. Pela Boker-Wilson, membre du CERD, qualifie la décision de « watershed moment », estimant qu’elle modifie profondément la manière d’aborder cette question. La juriste libérienne considère désormais les réparations non plus seulement comme une question de responsabilité historique, mais comme une obligation liée à la lutte actuelle contre les discriminations raciales.

Le CERD rappelle que la Convention concernée compte 182 États parties, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Portugal et plusieurs autres pays directement impliqués dans la traite transatlantique entre le XVIe et le XIXe siècle. Des millions d’Africains furent alors déportés vers les Amériques et soumis à des systèmes d’exploitation extrêmement violents. Le comité établit un lien direct entre cet héritage et certaines inégalités contemporaines auxquelles les populations noires restent confrontées.

L’enjeu dépasse donc largement la seule question financière. Le document évoque notamment la restitution, la réhabilitation, la commémoration, mais aussi la nécessité pour les États d'établir et de transmettre une connaissance complète de l’histoire de l’esclavage. Il leur assigne ainsi une responsabilité éducative : enquêter sur la traite et l’esclavage et en rendre compte de manière complète.

Le CERD insiste également sur la dimension internationale de cette question. La traite transatlantique aurait, selon le document, profondément modifié les relations économiques mondiales en permettant l’accumulation et la circulation de richesses obtenues par l’exploitation des populations africaines. La responsabilité ne concernerait donc pas uniquement les États-Unis, où le débat sur les réparations est particulièrement présent, mais l’ensemble des pays et sociétés ayant participé directement ou indirectement à ce système.

Cette nouvelle interprétation intervient quelques mois après une résolution historique de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée en mars 2026, qui a reconnu la traite transatlantique des esclaves comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Cette résolution avait notamment suscité l’opposition des États-Unis, d’Israël et de plusieurs pays européens.

Le CERD précise toutefois que sa recommandation n’est pas juridiquement contraignante. Elle possède néanmoins une importante valeur interprétative et pourrait être invoquée par des gouvernements, des juridictions ou des avocats dans des procédures judiciaires. Pour ses défenseurs, son principal apport réside précisément dans ce changement de perspective : les conséquences de l’esclavage ne relèveraient plus seulement de la mémoire historique, mais d’un problème de discrimination et d’inégalité qui demeure inscrit dans le présent.

L’initiative des Nations unies pourrait ainsi donner une nouvelle dimension au mouvement international en faveur des réparations. Elle élargit le débat à la lutte contre le racisme structurel, à la redistribution, à la mémoire et à la reconnaissance des injustices historiques, tout en fournissant aux défenseurs des réparations un nouvel argument dans les batailles politiques et judiciaires à venir.

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