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Mali/Extrémisme violent : chômage, injustice et réseaux sociaux au cœur des facteurs de radicalisation
Au Mali, chômage et injustices exposent une partie de la jeunesse à la radicalisation. Dame Seck mise sur l’éducation et la vigilance face aux discours extrémistes. Il appelle les jeunes à résister à la manipulation.
 

Au Mali, le chômage, le sentiment d’injustice, la vengeance et le manque d’opportunités figurent parmi les principaux facteurs susceptibles de favoriser la radicalisation des jeunes. Dans un entretien publié ce 2 septembre 2026 par le quotidien L’Essor, Dame Seck, expert chargé de la communication au Secrétariat permanent de lutte contre l’extrémisme violent, revient sur les ressorts de la radicalisation, les actions de prévention et les défis auxquels sont confrontés les acteurs de la lutte contre l’extrémisme violent.

Au Mali, la lutte contre l’extrémisme violent demeure un défi majeur malgré les progrès enregistrés ces dernières années. Depuis la crise de 2012, le pays a été confronté à une expansion des groupes extrémistes et à de nombreuses exactions commises au nom de la religion. Si la situation a évolué, la menace n’a pas totalement disparu.

« La lutte contre l’extrémisme violent n’est pas encore gagnée, mais beaucoup de progrès ont été réalisés face à ce fléau », estime Dame Seck.

Chômage, injustice et désir de vengeance

Pour cet expert, la radicalisation ne répond pas à une cause unique. Elle varie selon les territoires et les situations sociales. Une étude menée dans les régions de Kayes et de Mopti met notamment en évidence le poids du sentiment d’injustice. Lorsqu’un individu estime que la justice est mal distribuée et qu’il détient lui-même « la vérité », il peut être tenté de recourir à des actes contraires au droit pour imposer sa vision.

Le chômage constitue également un facteur particulièrement préoccupant chez les jeunes. Privés d’activité et de perspectives, certains peuvent être attirés par des opportunités financières proposées par les groupes terroristes.

« Lorsqu’ils sont sans activité, certains peuvent être tentés d’accepter toute opportunité susceptible de leur permettre de gagner de l’argent », explique Dame Seck.

À cette précarité s’ajoute parfois une logique de vengeance. Des jeunes peuvent rejoindre des groupes armés après que des proches ont été victimes de violences ou d’exactions. Dans certaines zones minières, notamment celles désignées sous le terme « Damanda » en bambara, la recherche du gain facile et les promesses d’emploi peuvent également exposer les jeunes aux réseaux de recrutement.

La jeunesse, cible mais aussi rempart

Dame Seck considère la jeunesse comme un acteur central de la prévention. Parce qu’elle représente une force essentielle pour le développement et l’avenir du pays, elle ne peut être laissée en marge des politiques publiques.

« Les jeunes constituent à la fois le présent et l’avenir de tout développement et de toute nation », souligne-t-il.

Mais cette jeunesse est également confrontée à un autre risque : la manipulation sur les réseaux sociaux. Ces plateformes offrent une capacité de diffusion considérable et peuvent aussi bien servir la sensibilisation que le recrutement et la propagande.

« Les réseaux sociaux sont de véritables instruments de communication et de mondialisation », rappelle l’expert. Mais leur utilisation à des fins de radicalisation constitue aujourd’hui une préoccupation majeure.

Selon lui, certains activistes et influenceurs utilisent ces espaces pour promouvoir le dialogue et la citoyenneté, tandis que d’autres cherchent à démoraliser les jeunes, à déconstruire leur rapport à la citoyenneté ou à les attirer vers les groupes terroristes.

La connaissance comme arme contre la manipulation

Face à ces discours, Dame Seck insiste sur l’importance de l’éducation et de la connaissance. Il estime que certains jeunes sont particulièrement vulnérables parce qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment les fondements de leur propre religion et peuvent ainsi être plus facilement influencés par des discours extrémistes circulant sur Internet.

« Lorsqu’un jeune écoute des messages négatifs sur les réseaux sociaux sans avoir une bonne maîtrise des fondements de sa religion, il peut progressivement se radicaliser », avertit-il.

La prévention doit donc commencer dans la famille et se poursuivre à l’école. Le responsable plaide notamment pour une meilleure intégration des questions liées au terrorisme et à l’extrémisme violent dans les programmes scolaires, du premier cycle jusqu’à l’université.

Pour lui, l’école doit pouvoir devenir « un rempart » lorsque certaines notions ne sont pas suffisamment transmises au sein de la famille. Les espaces de jeunesse et les lieux de causerie constituent également des cadres importants de sensibilisation et d’échange.

Sensibiliser malgré l’insécurité

Le Secrétariat permanent de lutte contre l’extrémisme violent mène différentes actions auprès des jeunes : interventions dans les lycées, activités avec le Conseil national de la jeunesse du Mali, sessions de formation, camps de jeunes et campagnes sur les réseaux sociaux.

Ces initiatives produisent, selon Dame Seck, des résultats encourageants. Il cite notamment les réactions positives de nombreux jeunes sur les réseaux sociaux à la suite des succès remportés par les forces de défense et de sécurité. Pour lui, ces réactions constituent un indicateur d’une moindre vulnérabilité aux discours des groupes terroristes.

Mais les actions de terrain restent confrontées à un obstacle majeur : l’insécurité. Dans plusieurs régions, les déplacements sont difficiles, voire impossibles, ce qui oblige les acteurs de la prévention à privilégier les médias, les radios, les télévisions et les réseaux sociaux.

« Notre principal défi reste donc véritablement l’insécurité », affirme Dame Seck, qui souligne que cette situation complique également la mise en œuvre de projets financés par des partenaires et des ONG.

« Construire un pays debout »

Au terme de son entretien, l’expert adresse un appel direct à la jeunesse malienne. Il l’invite à faire preuve de discernement face aux contenus diffusés en ligne, à se méfier de la désinformation et à ne pas céder aux messages susceptibles de la pousser à se retourner contre son propre pays.

Son message se veut finalement un appel à la responsabilité et à l’engagement citoyen : « Je les appelle à emprunter les chemins qui permettent de construire un pays debout, une nation capable de faire face aux différents défis auxquels elle est confrontée ».

Pour Dame Seck, la prévention de l’extrémisme violent ne peut donc reposer sur la seule réponse sécuritaire. Elle passe aussi par l’éducation, l’emploi, la justice, la citoyenneté et surtout la capacité des jeunes à exercer leur esprit critique face aux discours auxquels ils sont exposés. La bataille se joue ainsi autant sur le terrain que dans les familles, les écoles et désormais les réseaux sociaux.

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