(AfriquesPlus) - Dans cet article consacré à l’histoire afro-américaine, Malcolm Aaron revient sur l’émergence de l’identité des Foundational Black Americans (FBA), un terme popularisé à partir de 2019 par le producteur et militant Tariq Nasheed. L’expression désigne principalement les Noirs américains dont les ancêtres ont été réduits en esclavage aux États-Unis ou dans les colonies qui les ont précédés.
L’auteur explique que le mot « foundational » vise à mettre l’accent sur une histoire particulière : celle d’une population présente sur le territoire américain depuis plusieurs siècles et dont le travail, les luttes et les contributions ont participé à la construction économique, politique et culturelle des États-Unis. Le concept cherche ainsi à distinguer cette population des Noirs américains issus d’une immigration plus récente, notamment africaine ou caribéenne.
L’article rappelle que la présence africaine en Amérique du Nord remonte au moins au XVIᵉ siècle, tandis que 1619 est généralement retenu comme une date majeure de l’histoire afro-américaine. L’esclavage a progressivement contribué à la formation d’une population noire spécifique, issue de sociétés africaines diverses mais dont les descendants ont développé, au fil des générations, une culture et une histoire propres aux États-Unis.
Malcolm Aaron retrace ensuite les grandes étapes de cette histoire : l’esclavage, la guerre de Sécession, l’abolition, la Reconstruction, puis l’instauration de la ségrégation raciale avec les lois Jim Crow. Malgré les discriminations, les violences et la privation de droits, les communautés noires ont construit leurs propres institutions - églises, journaux, entreprises, banques et universités - et organisé des formes continues de résistance.
L’auteur insiste également sur la Grande Migration, au cours de laquelle environ six millions d’Afro-Américains quittent progressivement le Sud pour les villes du Nord, du Midwest et de l’Ouest. Ce déplacement transforme profondément la géographie sociale et politique des États-Unis et favorise l’essor de centres culturels noirs comme Chicago, New York ou Detroit.
Cette histoire conduit ensuite au mouvement des droits civiques, porté notamment par Martin Luther King Jr., Rosa Parks, Ella Baker, Malcolm X, Thurgood Marshall et Fannie Lou Hamer. Les mobilisations aboutissent à des avancées législatives majeures, notamment le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965.
L’article souligne aussi l'influence mondiale de la culture afro-américaine. Du blues au jazz, du gospel au hip-hop, en passant par la soul, le funk et le rock, les créations issues des communautés noires américaines ont largement dépassé les frontières des États-Unis. Des intellectuels et militants comme W.E.B. Du Bois, Malcolm X, James Baldwin ou Martin Luther King Jr. ont également exercé une influence internationale sur les combats contre le racisme et le colonialisme.
Pour Aaron, l’apparition du terme FBA doit surtout être comprise dans le contexte des transformations démographiques des États-Unis. L’immigration africaine et caribéenne, particulièrement importante après les réformes migratoires des années 1960, a rendu la catégorie « African American » plus large et moins directement liée à l’expérience historique de l’esclavage aux États-Unis. Le terme FBA cherche donc à réintroduire la question de l’ascendance et de la continuité historique dans la définition de l’identité noire américaine.
Cette distinction prend une dimension particulièrement sensible dans le débat sur les réparations. Les partisans du FBA défendent l’idée que celles-ci devraient être attribuées selon la filiation avec les populations victimes de l’esclavage et des politiques discriminatoires qui lui ont succédé, plutôt qu'à l'ensemble des citoyens noirs américains. L’auteur relève toutefois que les modalités d’une telle politique et la définition précise des bénéficiaires restent fortement débattues.
En conclusion, l’article considère que le terme Foundational Black American est récent, mais qu’il renvoie à une histoire plusieurs fois centenaire. Au-delà de la controverse autour du vocabulaire, l’enjeu central est celui de la reconnaissance d’une population façonnée par l’esclavage, la ségrégation, les migrations internes et les luttes politiques, et dont l’histoire est profondément imbriquée dans celle des États-Unis.