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Une crise financière « au moins aussi grosse » que 2008 se prépare, avertit Frédéric Lordon
Devant les militants de la France insoumise réunis aux Amfis, l'économiste a dressé le portrait d'un système financier « clignotant en rouge dans tous les coins ». Il situe l'origine du choc à venir dans le financement de l'intelligence artificielle
 
  • https://www.youtube.com/live/zfSZ82IaRZg

(AfriquesPlus) - Devant les militants de la France insoumise réunis pour leurs universités d'été, l'économiste a dressé le portrait d'une bulle de l'intelligence artificielle en passe d'exploser, adossée à une dette hyperscalaire sans précédent. Il a appelé la gauche à préparer un plan de rupture avec la finance dérégulée plutôt qu'un nouveau sauvetage inconditionnel des banques.

C'est un diagnostic sans détour que l'économiste et philosophe Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS, a livré lors d'un grand entretien accordé à la députée Aurélie Trouvé aux Amfis 2026, l'université d'été de la France insoumise, dans un échange diffusé sur YouTube. Selon l'économiste, une crise financière d'ampleur exceptionnelle est en formation, comparable non pas à l'éclatement de la bulle internet mais à la crise des subprimes de 2007-2008, avec un pronostic personnel évoquant un choc « au moins aussi gros ». 
Wikipedia

Lordon, connu pour ses positions proches du courant régulationniste et pour son engagement au sein des Économistes atterrés, situe le cœur du risque dans le financement de l'intelligence artificielle. Il distingue trois catégories d'acteurs : les fabricants de puces menés par Nvidia, les laboratoires comme OpenAI et Anthropic, et les hyperscalaires (Google, Microsoft, Oracle, Meta, Amazon), chargés de construire les centres de données. Selon lui, ces derniers auraient déjà englouti près de 1 900 milliards de dollars, un montant que Goldman Sachs projetterait jusqu'à 5 000 milliards d'ici 2030.

Pour financer cette expansion, les hyperscalaires s'endetteraient massivement en s'appuyant sur des promesses de commandes futures de la part des laboratoires d'IA, promesses évaluées à 2 100 milliards de dollars alors qu'OpenAI n'aurait réalisé que 13 milliards de chiffre d'affaires en 2025 pour 20 milliards de pertes. La soutenabilité de cet édifice reposerait ainsi sur une hypothèse jugée intenable par l'économiste, celle d'une revalorisation boursière perpétuellement accélérée des laboratoires avant leur entrée en bourse. Il y voit les signes classiques d'une « phase de latence », où des instruments déjà associés à la crise des subprimes, comme les véhicules ad hoc offshore et la titrisation, réapparaissent pour disperser le risque dans l'ensemble du système financier, y compris auprès des assureurs et fonds de pension.

L'autre volet de l'entretien a porté sur la finance non bancaire dérégulée, sujet d'une commission d'enquête parlementaire menée par Aurélie Trouvé à l'Assemblée nationale. Les deux intervenants ont évoqué la place croissante prise par des fonds de private equity et private credit tels qu'Apollo ou KKR dans des secteurs aussi divers que la santé, les crèches privées ou les clubs sportifs, avec des premiers signaux de défauts outre-Atlantique.

Face à ce constat, Lordon a défendu l'idée qu'une crise financière constitue paradoxalement une fenêtre d'opportunité politique pour un gouvernement de rupture, à condition de refuser tout sauvetage bancaire sans contrepartie et d'engager la fermeture des structures de la finance dérégulée, bourse comprise. L'échange s'est conclu sur un plaidoyer écologique, l'économiste reliant les limites physiques de la planète à la nécessité, selon lui, de sortir du capitalisme lui-même.

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