(AfriquesPlus) - Arrêtée en juin au Cap pour entrée illégale, elle conteste devant la justice sud-africaine son expulsion d'un pays où elle affirme n'avoir jamais vécu ailleurs. Chidimma Adetshina, 25 ans, se retrouve au cœur d'une bataille judiciaire et migratoire nourrie par la vague xénophobe qui agite l'Afrique du Sud depuis le printemps.
Née à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, d'une mère d'origine mozambicaine installée de longue date dans le pays et d'un père nigérian, Chidimma Adetshina n'a pourtant aucun statut légal pour résider en Afrique du Sud, où elle vit avec son fils de 4 ans, rapporte Sélène Agapé dans Le Monde du 3 septembre 2026. Interdite de séjour depuis décembre 2024, elle a été arrêtée en juin dernier au Cap et accusée d'être entrée illégalement sur le territoire, avant d'être remise en liberté le 19 août à l'issue de sa comparution devant le tribunal régional de la ville. Elle conteste désormais l'arrêté d'expulsion émis par le ministère de l'intérieur et fait appel, dans une procédure distincte, de l'interdiction de séjour qui la frappe. « Elle a grandi en Afrique du Sud et y a vécu toute sa vie », plaide son avocate Stefanie de Saude-Darbandi, spécialiste du droit de l'immigration, citée par Le Monde.
L'affaire n'est pas la première vague d'hostilité à laquelle se heurte la jeune femme. Sa candidature à l'élection de Miss Afrique du Sud, en 2024, avait déjà suscité une campagne hostile après qu'elle eut brandi à la fois les drapeaux sud-africain et nigérian pour célébrer sa qualification en finale. Le ministre des sports, des arts et de la culture, Gayton McKenzie, avait alors exigé qu'elle prouve sa nationalité sud-africaine, un pays qui ne reconnaît pas le droit du sol inconditionnel : la loi exige qu'au moins un parent soit citoyen ou résident permanent. En août 2024, le ministre de l'intérieur Leon Schreiber avait évoqué de possibles fraude et usurpation d'identité de la part de la mère de la candidate. Pour préserver sa famille, Chidimma Adetshina avait renoncé à la compétition sud-africaine, avant d'être invitée par les organisateurs de Miss Univers Nigeria, concours qu'elle a remporté le 31 août 2024. Elle a ensuite été sacrée première dauphine de Miss Univers et Miss Univers Afrique et Océanie, en novembre de la même année au Mexique.
Déchue de sa nationalité sud-africaine avec sa mère dès octobre 2024, elle a vu ses deux demandes de visa rejetées l'année suivante. Munie d'un passeport nigérian, elle avait alors tenté de rentrer par voie terrestre depuis le Mozambique, en présentant son ancien passeport sud-africain, pourtant invalidé mais accepté par les agents frontaliers. Son dossier, désormais scruté par le tribunal du Cap, est devenu emblématique des manifestations anti-immigration qui secouent le pays depuis plusieurs mois, à l'image du rassemblement organisé par le collectif March and March devant le tribunal pour réclamer son expulsion. L'examen de son recours contre la procédure d'expulsion est fixé à février 2027.