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Le président djiboutien visé par une plainte pour biens mal acquis en France
Ismaïl Omar Guelleh est soupçonné d'avoir bâti un patrimoine immobilier parisien grâce à des fonds publics détournés
 

(AfriquesPlus) - Une association française a saisi la justice parisienne, mercredi 2 septembre, contre le chef de l'État et une quinzaine de membres de son entourage, soupçonnés d'avoir bâti un patrimoine immobilier parisien grâce à des fonds publics détournés. Ismaïl Omar Guelleh, allié militaire de la France à la tête de Djibouti depuis 1999, rejoint ainsi une liste de dirigeants africains scrutés par la justice française depuis près de vingt ans.

La plainte, déposée avec constitution de partie civile par l'association Sherpa, vise le président ainsi qu'une quinzaine de proches, dont sa fille aînée et son gendre, poursuivis pour abus de biens sociaux, détournements de fonds publics, abus de confiance et blanchiment, rapporte Pierre Lepidi dans Le Monde du 3 septembre 2026. Ce choix procédural n'est pas anodin. En se constituant partie civile plutôt qu'en s'en remettant au seul parquet, Sherpa contraint en principe la nomination d'un juge d'instruction indépendant, une option régulièrement utilisée par les organisations anticorruption lorsqu'elles soupçonnent une inertie du ministère public dans des dossiers politiquement sensibles.

Ouvert en 2007 à l'initiative de Transparency International France et de Sherpa, le volet « biens mal acquis » a déjà visé, au fil des années, les proches d'Omar Bongo au Gabon et de Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, avant d'aboutir en 2020 à la première condamnation définitive du volet, celle de Teodorin Obiang, vice-président de Guinée équatoriale, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende, avec confiscation de ses biens. Une loi du 4 août 2021 impose depuis que les avoirs saisis dans ce type d'affaires soient restitués aux populations des pays spoliés, un mécanisme encore jamais mis en œuvre à Djibouti mais qui offre un cadre de référence à l'instruction qui pourrait s'ouvrir dans ce nouveau dossier.

Selon Chanez Mensous, responsable de contentieux chez Sherpa, l'origine des fonds ayant permis ces achats reste à établir, plusieurs des personnes visées n'exerçant, selon elle, aucune activité professionnelle déclarée. Une première enquête préliminaire, ouverte après un signalement de 2018, avait déjà conduit à une perquisition en 2022 dans un appartement parisien acquis pour près de 2 millions d'euros ; l'avocat de Sherpa, Vincent Brengarth, évoque depuis un dossier qui « traîne ».

Au-delà du volet judiciaire, l'affaire ravive une question plus ancienne : celle du poids des intérêts stratégiques français dans la conduite des enquêtes visant des chefs d'État alliés. Ancienne colonie française jusqu'en 1977, Djibouti occupe une position charnière sur le détroit de Bab al-Mandab, point de passage obligé entre mer Rouge et golfe d'Aden pour une part considérable du commerce maritime mondial. Paris y maintient depuis les indépendances sa plus importante implantation militaire en Afrique, aux côtés d'autres puissances qui se sont progressivement installées dans le pays : les États-Unis y disposent de Camp Lemonnier depuis 2002, la Chine y a ouvert en 2017 sa toute première base militaire à l'étranger, et le Japon y maintient également des forces. Cette concentration rare de bases étrangères sur un territoire aussi restreint fait de Djibouti un cas quasi unique de rente géostratégique, dont le renouvellement en 2024 de l'accord de défense franco-djiboutien pour vingt ans illustre la valeur que Paris continue d'y accorder.

Selon la Banque africaine de développement, cité par Le Monde, 33,8 % des 1,1 million de Djiboutiens vivaient sous le seuil de pauvreté en 2025, dans un pays classé 124e sur 182 à l'indice de perception de la corruption de Transparency International et régulièrement épinglé pour ses atteintes aux droits humains. Ismaïl Omar Guelleh, réélu à plusieurs reprises depuis qu'il a succédé à Hassan Gouled Aptidon en 1999, dirige un système où l'essentiel du pouvoir économique et institutionnel reste concentré autour de son cercle familial et politique, selon les organisations locales de défense des droits humains. C'est dans ce contexte que la plainte déposée à Paris prend tout son sens, car elle ne porte pas seulement sur des transactions immobilières, mais interroge la manière dont les partenariats militaires occidentaux peuvent, en pratique, retarder l'examen judiciaire de soupçons de détournements visant des alliés stratégiques.

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