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Le Brief d’AfriquesPlus de ce vendredi 4 septembre 2026
L’Afrique est traversée par une double bataille, sécuritaire et géopolitique. Du Sahel à la Corne de l’Afrique, en passant par les Grands Lacs et l’Afrique australe, les États cherchent à reprendre le contrôle sur leur sécurité, ressources et alliances
 

(AfriquesPlus) - De Johannesburg à Niamey, en passant par Abuja, Addis-Abeba, Le Caire et Kinshasa, la presse africaine de ce vendredi 4 septembre met en lumière une Afrique confrontée à plusieurs foyers de tension. En Afrique du Sud, les violences xénophobes et les difficultés de l’ANC occupent le devant de la scène. Au Nigeria, la question sécuritaire et les relations avec les pays de l’AES alimentent le débat. En Éthiopie et en Égypte, le Nil, l’énergie et les rapports de puissance régionaux restent sensibles. En RDC, la crise humanitaire et sécuritaire s’aggrave avec la progression d’Ebola, tandis que le Sahel reste marqué par les conséquences du récent coup de force avorté au Niger.

 AFRIQUE DU SUD : les violences anti-migrants et les difficultés de l’ANC inquiètent

En Afrique du Sud, l’actualité du jour est dominée à la fois par les tensions autour de l’immigration et par les difficultés politiques du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.

À Durban, une manifestation anti-migrants a dégénéré en violences. Des ressortissants étrangers installés depuis plusieurs mois dans un camp à proximité des services de l’Intérieur réclament désormais une solution temporaire d’hébergement. La situation illustre la persistance d'un climat particulièrement tendu autour de la présence des migrants et demandeurs d’asile dans le pays. Africanews fait état de violences et d’hospitalisations à la suite des affrontements. 

Cette nouvelle flambée intervient alors que les problèmes liés à l’immigration, au chômage, à la criminalité et à la dégradation des services publics constituent des thèmes majeurs à l’approche des élections municipales du 4 novembre.

Autre sujet qui fragilise l’ANC : le parti de Cyril Ramaphosa est accusé de difficultés organisationnelles dans la préparation du scrutin. Selon la presse sud-africaine, l’ANC a manqué le délai fixé par la Commission électorale indépendante pour la transmission de listes complètes de candidats dans plusieurs municipalités. Le parti affirme que des problèmes techniques auraient affecté une partie de ses listes, tandis que la Commission électorale rejette cette explication. 

Pour plusieurs analystes cités par la presse, cette affaire révèle surtout les luttes internes qui traversent le parti historique de Nelson Mandela. Après avoir perdu sa majorité parlementaire, l’ANC apparaît de plus en plus vulnérable dans les grandes municipalités, notamment à Johannesburg.

Le dossier de l’ancien scandale de Phala Phala continue également de peser sur Cyril Ramaphosa. Le parti MK de Jacob Zuma critique la démarche judiciaire du président visant à contester le rapport parlementaire relatif à cette affaire et l’accuse de chercher à retarder une éventuelle procédure de responsabilité politique. 

Sur le front économique, Reuters relève cependant une note plus positive : le rand sud-africain évolue peu ce vendredi dans l’attente des chiffres de l’emploi américain, tandis que les cours élevés des métaux du groupe du platine soutiennent les résultats de plusieurs entreprises minières. African Rainbow Minerals a notamment annoncé une hausse de 19 % de son bénéfice annuel, portée par le redressement spectaculaire des prix du platine et des autres métaux du groupe

 NIGERIA : la sécurité reste la priorité, Abuja durcit son discours sur l’AES

Au Nigeria, la question sécuritaire demeure au cœur des préoccupations. Les autorités et plusieurs responsables politiques du Nord sont de plus en plus confrontés à la recrudescence des enlèvements et aux difficultés persistantes à sécuriser les zones rurales.

Le gouverneur de l’État d’Adamawa, Ahmadu Umaru Fintiri, appelle notamment les populations du Nord à prendre davantage de responsabilités dans la lutte contre l’insécurité. Son intervention intervient alors qu’une opération de sécurité a permis de libérer six personnes enlevées dans l’État de Kebbi

Le problème dépasse toutefois les frontières nigérianes. La porosité des frontières avec le Sahel facilite les déplacements des groupes armés et alimente le débat sur la coopération régionale.

C’est dans ce contexte que le gouvernement de Bola Tinubu a relancé ce vendredi la polémique sur le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO. Le conseiller présidentiel Sunday Dare estime que le départ des trois pays a considérablement affaibli les mécanismes d’intégration régionale, notamment la libre circulation des biens et des personnes. Il considère également que la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) a constitué une structure concurrente de la CEDEAO. 

Le message d’Abuja est particulièrement significatif : malgré les divergences politiques et idéologiques avec les juntes sahéliennes, le Nigeria semble désormais chercher à maintenir ouvertes les possibilités de coopération régionale, notamment sur les questions de sécurité et de circulation transfrontalière.

Sur le plan énergétique, l’actualité est également importante. Reuters rapporte que le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, estime que le Nigeria pourrait **doubler ses investissements dans le secteur énergétique au cours des cinq prochaines années**. Abuja entend parallèlement augmenter fortement sa production pétrolière et renforcer le développement du gaz et des énergies renouvelables

Le paradoxe nigérian reste donc entier : première puissance démographique et économique d’Afrique, le pays possède d’immenses ressources énergétiques mais demeure confronté à une crise sécuritaire et à d’importantes difficultés d’accès à l’électricité.

 ÉTHIOPIE : le dossier du Nil reste explosif, Addis-Abeba affiche ses ambitions

En Éthiopie, l’actualité du jour est moins marquée par un événement spectaculaire que par la poursuite de plusieurs dossiers stratégiques.

Addis-Abeba a tenu ce vendredi ses consultations politiques avec les Pays-Bas. Les discussions ont porté sur la coopération économique, l’agriculture, les investissements, mais aussi sur la paix et la stabilité régionales. 

Mais derrière cette diplomatie économique se profile toujours la question fondamentale du rapport de forces dans la Corne de l’Afrique.

Le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) continue de constituer le principal point de friction entre l’Éthiopie et l’Égypte. Une analyse publiée ce vendredi revient sur le dilemme du Caire face à la montée en puissance énergétique d’Addis-Abeba et sur les risques d’une nouvelle escalade diplomatique autour du partage des eaux du Nil. 

L’enjeu est considérable. Pour l’Éthiopie, le barrage représente un instrument majeur de développement économique, d’électrification et d’exportation d’énergie. Pour l’Égypte, le Nil constitue une question de sécurité nationale.

Cette dimension énergétique prend une importance supplémentaire alors qu’Addis-Abeba cherche à utiliser ses excédents d’électricité comme un outil d’influence économique et diplomatique en Afrique de l’Est. Une analyse relayant les informations de Reuters souligne précisément le rôle croissant de l’énergie éthiopienne dans la transformation des rapports de puissance régionaux. 

La situation politique intérieure reste par ailleurs fragile. Les tensions entre le gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed et les autorités du Tigré continuent de nourrir les inquiétudes quant à une éventuelle reprise des hostilités. Les questions non résolues de l’après-guerre du Tigré demeurent l’un des principaux risques sécuritaires de la Corne de l’Afrique. 

 ÉGYPTE : Le Caire cherche à consolider son influence régionale

En Égypte, l’actualité est étroitement liée à la position stratégique du pays dans les crises du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique.

Le président Abdel Fattah al-Sissi cherche parallèlement à renforcer la modernisation et l’ouverture au secteur privé de plusieurs infrastructures stratégiques. Le secteur aéroportuaire fait notamment l’objet d’une volonté de renforcer la participation privée et d’améliorer les capacités d’accueil. 

Mais c’est surtout la confrontation indirecte avec l’Éthiopie autour du Nil qui continue de préoccuper les observateurs.

Le Caire considère la gestion du barrage éthiopien comme une question vitale, tandis qu’Addis-Abeba entend faire de son immense capacité hydroélectrique un moteur de développement et un instrument d’influence régionale. Les deux pays se retrouvent ainsi au cœur d’une compétition diplomatique qui dépasse largement la seule question de l’eau.

L’Égypte tente également de consolider ses relations avec les pays africains, notamment dans la Corne de l’Afrique et au Sahel. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à accroître le poids du Caire sur les dossiers sécuritaires et économiques du continent.

 RDC : Ebola vient s’ajouter à une crise sécuritaire déjà dramatique

En République démocratique du Congo, la crise prend une nouvelle dimension avec l’expansion de l’épidémie d’Ebola dans l’Est du pays.

Selon les données citées ce vendredi par l’Associated Press et Africa CDC, l’épidémie, déclarée à la mi-mai, s’est étendue de trois zones de santé à environ 60 zones, avec 6 250 cas et 3 039 décès recensés. Les autorités sanitaires reconnaissent que l’épidémie n’a probablement pas encore atteint son pic. 

La situation est aggravée par l’insécurité, les déplacements massifs de population et la méfiance de certaines communautés envers les équipes médicales.

Plus inquiétant encore, des équipes chargées des enterrements sécurisés ont été attaquées. Reuters rapportait déjà cette semaine qu’une équipe d’inhumation avait été prise pour cible dans le Sud-Kivu, contraignant les intervenants à abandonner temporairement un cercueil. 

Les autorités sanitaires tentent désormais de privilégier une stratégie davantage centrée sur les villages et les responsables communautaires afin de rétablir la confiance, améliorer le dépistage et faciliter le suivi des contacts.

Cette crise sanitaire se superpose à la guerre dans l’Est du pays, où le M23 contrôle toujours d’importantes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La situation demeure extrêmement instable et les perspectives d’un retour rapide à la normale restent limitées

Sur le plan politique, Kinshasa continue parallèlement de défendre l’idée d’un dialogue national, tout en refusant de faire de ce processus un substitut aux négociations engagées dans le cadre de l’accord de paix avec le Rwanda et du dossier M23. 

 AES : le Niger encore marqué par la tentative de coup de force

Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, l’actualité reste dominée par les conséquences de la tentative de coup d’État avortée au Niger à la fin du mois d’août.

Les événements de Niamey ont révélé des tensions importantes au sein de l’appareil militaire nigérien. Selon les informations publiées ces derniers jours, les forces russes présentes auprès de la junte ont joué un rôle dans la reprise du contrôle de plusieurs installations stratégiques. Le Burkina Faso et le Mali ont affiché leur solidarité avec les autorités nigériennes

L’affaire prend désormais une dimension régionale. Abuja a officiellement démenti toute implication dans la tentative de renversement du pouvoir nigérien, alors que des accusations circulaient sur les réseaux sociaux et dans certains milieux politiques. Cette crise montre surtout la fragilité de l’architecture sécuritaire dans le Sahel. Les trois pays de l’AES ont quitté la CEDEAO et cherchent désormais à développer leurs propres mécanismes militaires, diplomatiques et économiques.

Le débat sur l’avenir de l’intégration régionale est d’ailleurs relancé au Nigeria. Pour la présidence de Bola Tinubu, le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger a affaibli la coopération ouest-africaine et créé une nouvelle ligne de fracture entre deux ensembles régionaux. 

Dans le même temps, la menace jihadiste reste considérable. Une analyse sécuritaire récente souligne que les groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont renforcé leur présence dans plusieurs zones du Sahel, au point que le vocabulaire traditionnel de la simple « lutte antiterroriste » ne suffit plus à décrire la réalité du terrain. 

 AFRIQUE : une recomposition géopolitique qui s’accélère

Au-delà des crises nationales, les journaux africains de ce vendredi dessinent une tendance commune : l’Afrique entre dans une phase de recomposition accélérée de ses alliances et de ses rapports de puissance.

L’Afrique du Sud tente de préserver son rôle de puissance diplomatique tout en affrontant une crise politique intérieure et une montée des tensions autour de l’immigration.

Le Nigeria cherche à réaffirmer son leadership en Afrique de l’Ouest, mais se trouve confronté à l’existence d’un nouvel ensemble politique et sécuritaire, l’AES, regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

L’Éthiopie entend transformer son potentiel énergétique en levier de puissance régionale, tandis que l’Égypte cherche à empêcher que cette montée en puissance ne compromette ses intérêts vitaux liés au Nil.

En RDC, enfin, la combinaison de la guerre, des déplacements de population et de l’épidémie d’Ebola constitue l’un des plus graves défis humanitaires actuellement observés sur le continent.

1. Afrique du Sud : les violences anti-migrants à Durban et les difficultés de l’ANC avant les élections municipales préoccupent la presse.

2. Nigeria : Abuja reste préoccupé par l’insécurité et réaffirme que le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger a fragilisé l’intégration ouest-africaine.

3. Éthiopie : Addis-Abeba poursuit son offensive diplomatique et économique, tandis que le barrage sur le Nil demeure au centre de la rivalité avec l’Égypte.

4. Égypte : Le Caire cherche à renforcer son influence régionale et à défendre ses intérêts stratégiques face à la montée en puissance de l’Éthiopie.

5. RDC : l’épidémie d’Ebola s’étend dans l’Est et vient aggraver une situation déjà dramatique en raison de la guerre et des déplacements de populations.

6. AES : le Niger reste sous tension après la tentative de coup de force avortée, tandis que le Burkina Faso et le Mali réaffirment leur solidarité avec Niamey.

7. Afrique de l’Ouest : le fossé entre la CEDEAO et l’AES apparaît désormais comme l’une des principales fractures géopolitiques du continent.

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