(AfriquesPlus) - À Durban, la tension autour de l’immigration clandestine a de nouveau dégénéré. Une manifestation visant des ressortissants étrangers installés devant un bâtiment gouvernemental a tourné à l’affrontement avec la police, faisant plusieurs blessés. La situation ravive les inquiétudes face à la montée des violences xénophobes en Afrique du Sud.
La crise migratoire continue de provoquer de vives tensions en Afrique du Sud. Jeudi, à Durban, dans la province du KwaZulu-Natal, une manifestation contre les migrants sans papiers a dégénéré en violences, contraignant les forces de l’ordre à intervenir pour empêcher les manifestants de s’approcher d’un campement occupé depuis plusieurs semaines par des ressortissants étrangers.
Près d’une centaine de manifestants, appartenant à un mouvement opposé à l’immigration irrégulière, avaient pris part à une marche présentée comme une « campagne de nettoyage ». Leur cible : un campement installé depuis environ treize semaines devant un bâtiment gouvernemental et où vivent plusieurs centaines de ressortissants étrangers, principalement originaires de la République démocratique du Congo.
Des affrontements sous haute tension
La confrontation entre manifestants et occupants du campement a rapidement dégénéré. Selon la police, un ressortissant étranger a été arrêté après qu’une pierre lancée au cours des heurts a atteint un policier.
La communauté congolaise donne toutefois une autre mesure de la violence. Un responsable communautaire affirme que cinq Congolais, dont deux enfants, ont été blessés lors des affrontements.
Des témoins rapportent que certains manifestants, munis de bâtons, ont tenté de s’approcher du campement. Pour empêcher un contact direct entre les deux groupes, la police a fait usage de grenades assourdissantes afin de disperser la foule.
Pour les occupants, ces violences sont d’autant plus incompréhensibles qu’ils se présentent comme des demandeurs de protection ayant fui les conflits et les persécutions dans leurs pays d’origine.
« Nous ne commettons aucun crime en étant ici », a ainsi déclaré un représentant de la communauté congolaise, dénonçant ce qu’il considère comme une attaque injustifiée contre des personnes venues chercher refuge.
La peur gagne les communautés étrangères
L’épisode de Durban intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Depuis plusieurs semaines, la ville est devenue l’un des principaux foyers de mobilisation contre les migrants en situation irrégulière.
Des groupes hostiles à l’immigration accusent les étrangers de prendre des emplois au détriment des Sud-Africains et de mettre sous pression les services publics. Des accusations qui alimentent régulièrement des manifestations, des opérations de contrôle et, dans certains cas, des violences.
La police sud-africaine affirme qu’au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués dans les violences récentes. Des responsables et gouvernements africains avancent cependant des bilans plus élevés.
La crise a également provoqué des départs de ressortissants étrangers. Selon des estimations relayées par plusieurs pays ayant organisé des opérations de rapatriement, plus de 200 000 personnes auraient quitté l’Afrique du Sud depuis le début de cette nouvelle vague de tensions.
Un pays confronté à un choix difficile
La question migratoire constitue désormais l’un des dossiers les plus sensibles pour les autorités sud-africaines.
Le pays accueille depuis des années des millions de travailleurs, de réfugiés et de demandeurs d’asile originaires notamment des autres États africains. Mais la persistance du chômage, les difficultés économiques, les inégalités sociales et la criminalité nourrissent un sentiment de frustration dont les étrangers deviennent parfois les boucs émissaires.
Pour le gouvernement, le défi est donc particulièrement délicat : lutter contre l’immigration irrégulière sans laisser prospérer les violences xénophobes, tout en garantissant la protection des demandeurs d’asile et le respect de leurs droits.
À Durban, les affrontements de jeudi constituent un nouvel avertissement. Ils montrent surtout que, derrière le débat sur l’immigration clandestine, se joue désormais une question beaucoup plus profonde : celle de la capacité de l’Afrique du Sud à préserver la cohésion de sa société dans un contexte de fortes tensions économiques et sociales.