(AfriquesPlus) - L’Afrique veut aussi corriger l’image que le monde se fait d’elle. L’Assemblée générale de l’ONU devait se prononcer, le 4 septembre 2026, sur une résolution portée par le Togo, avec le soutien de l’Union africaine, visant à promouvoir des cartes du monde qui représentent plus fidèlement la superficie réelle des continents.
Dans un article publié le même jour, The Guardian, sous la plume d’Eromo Egbejule, explique que la campagne remet en cause la domination de la projection de Mercator, utilisée depuis 1569. Conçue à l’origine pour faciliter la navigation maritime, celle-ci déforme progressivement les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. L’Afrique apparaît ainsi beaucoup plus petite qu’elle ne l’est réellement : elle est près de 14 fois plus vaste que le Groenland.
Le Togo défend notamment la projection Equal Earth, élaborée en 2018 par une équipe internationale de cartographes. Contrairement à Mercator, elle respecte les proportions de superficie entre les différentes régions du monde. La résolution onusienne ne prévoit toutefois pas de bannir Mercator, mais encourage les États, les établissements scolaires, les organisations internationales et les entreprises technologiques à privilégier des cartes à superficies égales lorsque la taille des territoires est pertinente.
Derrière cette bataille cartographique se joue également une question de représentation. Pour ses promoteurs, la manière de dessiner le monde influence les perceptions de son poids économique, démographique et géopolitique. L’Union africaine a officiellement soutenu l’initiative et confié au Togo la mission de la porter auprès des Nations unies.
Le projet s’inscrit dans une offensive diplomatique plus large visant à remettre en cause certaines représentations héritées de l’histoire coloniale. En mars 2026, une résolution soutenue par le Ghana sur la traite négrière avait déjà été adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU. Pour Lomé, la modification des cartes participe du même objectif : corriger une représentation jugée scientifiquement trompeuse et permettre à l’Afrique d’être montrée à son échelle réelle.
Si la résolution est adoptée, elle ne sera pas juridiquement contraignante. Elle pourrait néanmoins encourager des changements dans les manuels scolaires, les supports institutionnels et certaines technologies numériques. Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, l’enjeu dépasse donc la cartographie : il s’agit aussi de reprendre la maîtrise du récit sur l’Afrique.