(AfriquesPlus) - La campagne cacaoyère 2026-2027 s’ouvre dans un climat de forte inquiétude en Côte d’Ivoire. La baisse de près de 57 % du prix bord champ par rapport à la précédente campagne provoque la colère de sept organisations professionnelles, qui redoutent une aggravation des difficultés économiques des producteurs.
Dans un article publié vendredi 4 septembre 2026, Ivoirematin rapporte que le prix du kilogramme de cacao a été fixé à 1 200 FCFA pour la campagne principale 2026-2027, contre 2 800 FCFA lors de la campagne précédente. Les autorités expliquent cette diminution par le recul des cours du cacao sur le marché international.
L’annonce a été faite le 1er septembre par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Koné, à l’occasion de l’ouverture des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC). Elle intervient dans un contexte déjà marqué par les difficultés rencontrées par les producteurs pour écouler leurs stocks.
Sept organisations professionnelles agricoles, le CRCI, le CNMA-CI, le SYNARFACI, le SYPRODACI, le SYNAPROCCACI, l’UNAJEPACI et le SYNEMACCI, ont exprimé leur inquiétude face à cette nouvelle tarification. Elles dénoncent un prix qui, selon elles, ne fait que reconduire celui de la campagne intermédiaire 2025-2026, alors que les coûts d’exploitation restent élevés.
Les syndicats contestent également l’application effective du prix de 2 800 FCFA fixé en octobre 2025 par le président Alassane Ouattara. Selon eux, ce tarif n’aurait pas été pleinement appliqué sur le terrain, ce qui aurait déjà fragilisé la confiance des producteurs envers les mécanismes de commercialisation de la filière.
La situation des stocks illustre l’ampleur des difficultés. Sur les 123 000 tonnes de cacao recensées par l’État dans le cadre des mesures de stabilisation du marché, environ 23 000 tonnes issues de la campagne 2025-2026 seraient encore détenues par les producteurs. Les organisations estiment que ces stocks représentent un manque à gagner de 66,7 milliards de FCFA pour le monde paysan.
Les syndicats soulèvent par ailleurs des interrogations sur la gestion d’une partie des volumes subventionnés. Ils affirment que plus de 7 000 tonnes liées à l’opération portant sur 100 000 tonnes subventionnées constitueraient un écart financier qui n’aurait pas été redistribué aux producteurs et serait resté dans les caisses du Conseil du Café-Cacao. Cette affirmation relève toutefois des syndicats et n’est pas étayée, dans l’article d’Ivoirematin, par une réponse de l’organisme mis en cause.
Face à ce qu’ils qualifient d’« asphyxie » du monde paysan, les sept organisations réclament des mesures d’urgence. Elles demandent notamment le retrait des stocks résiduels, la création d’un comité paritaire associant l’État et le secteur privé ainsi qu’une subvention directe destinée à amortir l’impact de la baisse du prix.
Malgré la fermeté de leur déclaration, les organisations professionnelles disent rester ouvertes au dialogue avec les autorités. Leur objectif affiché est de trouver une réponse durable aux difficultés de la filière et d’éviter que la crise économique ne se traduise par de nouvelles tensions dans les principales zones de production.
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire se retrouve ainsi face à un nouveau défi : préserver les revenus de millions d’acteurs de la filière alors que les cours internationaux se replient. La campagne 2026-2027 s’annonce donc particulièrement délicate pour les producteurs, dont les revenus sont directement exposés aux fluctuations du marché mondial.