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L’affaire Phala Phala menace la présidence de Cyril Ramaphosa
Visé par une procédure de destitution parlementaire relancée par la justice, le chef de l'État sud-africain tente d’obtenir l’annulation du rapport d’enquête sur le cambriolage de sa ferme
 

(AfriquesPlus) - Le président sud-africain Cyril Ramaphosa fait face à une épreuve juridique déterminante devant la Haute Cour du Cap-Occidental pour tenter de bloquer une procédure parlementaire de destitution liée au cambriolage survenu dans sa propriété privée. Dans une grande enquête publiée par le quotidien britannique Financial Times, le 4 septembre 2026, la correspondante Monica Mark analyse comment l’affaire des 580 000 dollars en liquide dissimulés dans du mobilier menace de faire vaciller un chef d’État qui avait bâti sa légitimité sur la promesse d’une gouvernance intègre.

Les avocats du président ont conclu ce vendredi trois journées d’audiences visant à faire annuler pour illégalité le rapport de la commission d’enquête parlementaire rendu en 2022. Ce document concluait à l’existence d’éléments sérieux laissant penser que Cyril Ramaphosa avait pu enfreindre la Constitution et commettre une faute grave après le vol commis dans sa ferme d’élevage de gibier de Phala Phala.

Le jugement de la Haute Cour, attendu dans le courant du mois, déterminera si la procédure de destitution, relancée en mai dernier par une décision de la Cour constitutionnelle, pourra reprendre son cours devant l’Assemblée nationale. Ce calendrier judiciaire heurte de plein fouet l’agenda du Congrès national africain (ANC), déjà affaibli par la perte de sa majorité absolue aux élections générales de 2024, à l’approche des scrutins locaux de novembre et de sa conférence élective de décembre 2027.

« Il s’agit de savoir si Ramaphosa, de loin la personnalité politique la plus populaire de l’ANC, peut tenir tout au long de cette affaire – et, même s’il y parvient, si l’ANC pourra tenir avec lui », explique William Gumede, professeur à l’école de gouvernance de l’université du Witwatersrand, cité par le média financier.

Révélé en 2022 par l’ancien chef des services de renseignement Arthur Fraser, le cambriolage portait sur des coupures de devises étrangères cachées dans un canapé. Le chef de l’État soutient que cette somme provenait de la vente légale de buffles à un homme d’affaires soudanais et affirme n’avoir ni ordonné ni supervisé l’opération clandestine montée par sa sécurité pour retrouver l’argent.

Le porte-parole de la présidence s’est refusé à tout commentaire, mais Cyril Ramaphosa a publiquement réaffirmé son refus de démissionner, qualifiant le rapport de 2022 d’entaché de vices graves. Devant le tribunal, son avocat principal, Wim Trengove, a soutenu que le comité parlementaire de 31 membres comprendrait des adversaires politiques déterminés à lui nuire. En réplique, Anton Katz, représentant du parti d’opposition African Transformation Movement à l’origine de la motion, a rétorqué : « Ces préoccupations auraient dû traverser l’esprit du président avant qu’il ne cache 500 000 dollars en liquide dans un canapé ».

Pour les observateurs juridiques, cette guérilla procédurale rappelle les démêlés de Jacob Zuma autour du scandale d’État de Nkandla, qui avait fini par contraindre l’ancien président à la démission en 2018 après des années de controverses judiciaires.[ft]
Mbekezeli Benjamin, chargé de plaidoyer au sein de l’organisation Judges Matter à l’université du Cap, relève dans les colonnes du quotidien que l’opposition cherche à rendre le chef de l’État « politiquement intouchable ». Selon l’analyste, cette offensive va « considérablement l’affaiblir, ainsi que sa faction et tout successeur potentiel ».

Face à un chômage massif et une criminalité aiguë, « beaucoup de Sud-Africains souhaitent simplement voir cette affaire se conclure », souligne Kimera Chetty, directrice associée chez Africa Practice, alors que le feuilleton de Phala Phala menace de résumer l’échec des réformes promises.

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