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En Afrique, le foyer reste le premier verrou économique
The Economist démontre comment le confinement des femmes à l’espace domestique appauvrit des populations entières et prive les économies en développement d’un surcroît d’activité majeur
 

(AfriquesPlus) - L’exclusion des femmes du marché de l’emploi constitue l’un des freins les plus puissants à la prospérité économique mondiale, en particulier en Afrique du Nord et subsaharienne. Dans une grande analyse macroéconomique et sociologique, l’hebdomadaire britannique The Economist démontre comment le confinement des femmes à l’espace domestique appauvrit des populations entières et prive les économies en développement d’un surcroît d’activité majeur.

Sur le continent, les barrières dressées contre le travail rémunéré des femmes trouvent souvent leur origine au cœur même du ménage. Une expérience menée en Égypte a ainsi proposé des services de garde d’enfants gratuits ou à très bas coût pour inciter les mères mariées à chercher un emploi : seules 11% d’entre elles ont saisi cette opportunité.

Le blocage provenait essentiellement de maris hostiles à toute activité professionnelle extérieure, alors même que 90% des Égyptiennes y étaient favorables.

Dans une large partie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, où seulement un cinquième des femmes fait partie de la population active, l’honneur familial demeure souvent subordonné à la réclusion des épouses.

Cette contrainte sociale s’accompagne parfois d’une violence intrafamiliale banalisée. Au Mali, près de 70% des femmes interrogées estiment encore qu’un mari peut être justifié de battre son épouse, un taux qui atteint 40% en Inde, rapporte le magazine londonien.

Cette mise à l’écart pèse lourdement sur le revenu par habitant. La Banque mondiale calcule que la levée des entraves à l’emploi des femmes permettrait d’accroître le revenu par personne d’un cinquième dans de nombreux pays émergents, soit un gain économique supérieur aux bénéfices tirés de l’évitement d’une guerre civile.

Au-delà de la création de richesse globale, le salaire féminin modifie en profondeur la dynamique conjugale. En examinant les données de 27 pays, The Economist a constaté qu’une femme qui perçoit un revenu rémunéré acquiert un pouvoir de décision supérieur au sein de son foyer, qu’il s’agisse de la répartition du budget domestique ou de la liberté de rendre visite à une amie sans l’accord préalable de son conjoint.

« Le travail rémunéré, en somme, rend les familles plus égales », souligne la publication économique.
Pour briser ce plafond de verre domestique, plusieurs transformations doivent intervenir simultanément. Sur le plan institutionnel, la Banque mondiale recense 540 millions de femmes vivant dans des juridictions où l’égalité formelle devant la loi demeure très lointaine.

L’évolution rapide des mentalités reste toutefois possible grâce à des modèles de réussite locale et aux technologies numériques. À travers leurs téléphones portables, les femmes découvrent des représentations sociales alternatives qui élargissent leurs perspectives, observe le journal.

Le réalisme financier pousse également les ménages à s’adapter. Confrontés aux impératifs économiques, de plus en plus d’hommes finissent par accepter l’arbitrage entre la préservation de traditions d’un autre âge et l’apport matériel indispensable d’un second salaire.

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