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En Ouganda, l’après-Museveni sous haute tension
Entre les vétérans de la guerre civile et la garde rapprochée du fils du président, le départ inéluctable du patriarche risque de fracturer l’armée nationale
 

(AfriquesPlus) - Au pouvoir depuis quatre décennies à la tête de l’Ouganda, le président Yoweri Museveni montre des signes croissants d’affaiblissement physique à l’âge de 81 ans. Dans une analyse politique publiée le 3 septembre 20236, l’hebdomadaire britannique The Economist alerte sur la dégradation du climat institutionnel à Kampala, où la perspective de sa succession menace d’engendrer un despotisme encore plus imprévisible ou un violent affrontement au sein de l’appareil sécuritaire.

Après avoir restauré l’ordre au lendemain de la guerre civile et réprimé méthodiquement toute opposition politique, le chef de l’État réduit désormais son temps de présence au palais présidentiel. Ses deux principaux adversaires politiques sont hors jeu : Bobi Wine est contraint à l’exil, tandis que Kizza Besigye, emprisonné et jugé pour trahison, s’est effondré lors d’une audience au tribunal en juillet.

Bien que reconduit en janvier lors d’un scrutin entaché de fraudes et d’intimidations, le président apparaît physiquement chancelant lors de ses rares apparitions publiques et multiplie les annulations d’engagements officiels.

Ce déclin biologique accélère la redistribution du pouvoir au profit de son premier cercle familial. Son frère, Salim Saleh, assure une large part de la gestion quotidienne des affaires publiques dans l’ombre, tandis que son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major de l’armée, s’impose avec une brutalité croissante.[

Se présentant publiquement comme le futur chef de l’État et se proclamant même descendant de Jésus, le général Kainerugaba est redouté pour ses déclarations intempestives sur les réseaux sociaux, mêlant bordées d’injures ethniques et menaces d’élimination physique contre ses détracteurs. Alors que Yoweri Museveni parvenait autrefois à tempérer les excès de son héritier — le démettant brièvement de ses fonctions en 2022 après des menaces d’invasion militaire proférées contre Nairobi —, le patriarche semble aujourd’hui incapable de contenir ses dérives.

En juin, le général a ordonné l’occupation militaire du plus grand groupe de médias privés du pays, avant de faire enlever des opposants politiques et un proche de son propre beau-frère à la fin du mois d’août, rapporte le magazine londonien.

Cette vacance du pouvoir suscite de vives inquiétudes au sein même de l’appareil d’État, où certains observateurs évoquent le spectre des dérives autoritaires des années 1970. Une transmission dynastique du pouvoir risquerait d’installer un régime vindicatif et d’aggraver l’instabilité régionale dans l’est de la République démocratique du Congo, en raison des liens étroits entretenus par le général avec le Rwanda.

Une autre hypothèse redoutée réside dans une fracture ouverte au sein des forces armées. Si de jeunes officiers soutiennent l’héritier présomptif, les vétérans de la rébellion historique restent fidèles au père tout en se méfiant profondément du fils.

Dans un contexte africain où les alternances démocratiques régressent face aux coups de force institutionnels et militaires, la trajectoire ougandaise fait office d’avertissement : sans mécanisme transparent de renouvellement au sommet de l’État, le vieillissement des autocrates prépare de graves secousses.

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