Skip to main content
L’effrayante prolifération des spiritueux frelatés à Nairobi
Représentant désormais 60% des volumes vendus au Kenya selon une étude d’Euromonitor, l’alcool contrefait et coupé au méthanol provoque une vague d’intoxications sévères à travers le pays
 

(AfriquesPlus) - Dans une enquête de terrain publiée le 6 septembre par le quotidien Le Monde, la journaliste Eugénie Tenezakis révèle que le marché kényan est désormais submergé par des spiritueux contrefaits et toxiques. L’auteure de l’article démontre comment ce commerce illicite s’est infiltré dans tous les circuits de distribution, menaçant directement la santé publique à travers le pays.

La correspondante du quotidien français décrit d’abord la multiplication de vidéos sur les réseaux sociaux, à l’image de celle de Kuria Gicheha devenue virale sur TikTok où les codes-barres de bouteilles de gin populaire renvoient vers des publicités pour smartphones au lieu du site officiel. Dans son reportage, Eugénie Tenezakis recueille le témoignage de Desire Aazuri, hospitalisée en juin après avoir consommé de la tequila frelatée dans un établissement réputé de Nairobi. La victime confie au journal avoir souffert de violents vomissements et d’un empoisonnement au méthanol dont elle soigne encore les séquelles.

L’article de presse rapporte une mésaventure similaire vécue par Saumi Sauti dans le quartier de Kasarani, qui a découvert l’inauthenticité de sa bouteille de gin via son téléphone après être tombée gravement malade.

Interrogé, le directeur général de la National Authority for the Campaign Against Alcohol and Drug Abuse (Nacada), Anthony Omerikwa, avertit que ces breuvages provoquent des intoxications aiguës, des cécités, des atteintes neurologiques, des comas et des décès. La journaliste s’appuie également sur les explications techniques de Kui Kinyanjui, présidente de l’Alcoholic Beverages Association of Kenya, qui détaille dans l’article la recette mortelle des trafiquants : un mélange d’alcools bon marché importés d’Ouganda ou de Tanzanie, coupés à l’eau, colorés et dopés au méthanol pour éviter la fermentation, avant d’être conditionnés dans de vraies bouteilles munies de faux timbres fiscaux.

L’enquête de Le Monde souligne le saut qualitatif des réseaux criminels, Anthony Omerikwa précisant au quotidien que le danger s’est démultiplié avec la sophistication industrielle des contrefacteurs.

Pour mesurer l’étendue du fléau, Eugénie Tenezakis cite les conclusions d’un rapport de l’agence Euromonitor publié en mai 2025, qui évalue l’alcool illicite à 60% du marché kényan en volume, soit un bond de 27% en trois ans. Le quotidien français rappelle que la crise a pris un tournant international en juillet avec la mise en garde du Royaume-Uni classant le Kenya en zone à risque, tandis que l’ancien dirigeant de la Nacada, John Mututho, affirme dans l’article que 85% de la population consomme désormais du poison.

La journaliste met enfin en perspective ce trafic avec les données nationales de la Nacada de 2022 recensant 3,2 millions de consommateurs dans le pays, pointant l’insuffisance des moyens publics pour stopper ces contrefaçons devenues indécelables à l’œil nu.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
941
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3