(AfriquesPlus) - Dans une tribune publiée ce 7 septembre 2026 par Radio Tamazuj, Kenyi Ya Kenyi, avocat sud-soudanais spécialisé en droits humains et candidat au doctorat en droit, estime que le Soudan du Sud ne peut plus être gouverné par la peur, les divisions politiques et les transitions sans fin.
L’auteur dénonce plus d’une décennie de crises politiques, d’insécurité, de pauvreté et d’accusations de corruption, alors que les promesses de paix, de démocratie et de développement restent, selon lui, largement insatisfaites. Il remet notamment en cause l’idée d’une loyauté politique fondée sur l’appartenance ethnique ou régionale, y compris dans le Warrap, bastion traditionnel du président Salva Kiir.
À l’approche des élections prévues en décembre 2026, Kenyi Ya Kenyi estime que l’enjeu ne réside pas seulement dans la tenue du scrutin, mais dans les conditions de sa crédibilité. Il réclame un processus réellement compétitif, permettant aux opposants de se déplacer, de s’organiser, de faire campagne et de s’exprimer librement. Il avertit qu’une élection organisée dans un contexte d’exclusion politique, d’insécurité et de restrictions des libertés pourrait raviver les tensions plutôt que permettre une alternance pacifique.
La situation de Riek Machar, détenu et jugé, occupe une place centrale dans son analyse. L’auteur considère que ses droits politiques ne peuvent être supprimés pour des raisons de convenance politique. Si des poursuites sont justifiées, elles doivent, selon lui, relever d’une procédure judiciaire indépendante et équitable. Le même principe doit s’appliquer à l’ensemble des responsables politiques et des citoyens sud-soudanais.
Pour étayer sa position, Kenyi Ya Kenyi s’appuie sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Il rappelle que la participation politique, la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique sont des droits et que la démocratie ne se résume pas à l’organisation matérielle d’un vote.
La tribune appelle également à ne pas oublier les violences de 2013 et 2016 et les conséquences du conflit : morts, déplacements de populations et destructions. L’auteur estime que l’application inachevée de l’accord de paix de 2018 ne doit pas servir de prétexte à une nouvelle confrontation politique.
Au-delà du duel entre Kiir et Machar, Kenyi Ya Kenyi défend une conception du Soudan du Sud comme propriété collective de ses citoyens. Il réclame des institutions indépendantes, une justice crédible, des forces de sécurité professionnelles et des élections permettant aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants.
Son constat est également socio-économique : la population attend des services publics fonctionnels, des écoles, des hôpitaux, des routes, de l’eau, de l’électricité, des emplois et une meilleure utilisation des ressources publiques. Il juge particulièrement préoccupant que le pays, malgré ses revenus pétroliers et l’aide internationale, peine toujours à répondre à ces besoins essentiels.
En conclusion, l’auteur appelle les Nations unies, l’Union africaine, l’IGAD, la société civile, les Églises, les responsables traditionnels et les partis politiques à défendre les conditions d’un scrutin crédible. Pour lui, le Soudan du Sud doit rompre avec l’exclusion et la militarisation afin que le pouvoir soit déterminé par les urnes plutôt que par la force.