(AfriquesPlus) - Sept ans après son coup d’envoi et cinq ans après son entrée en vigueur officielle, la Zone de libre-échange continentale africaine peine à concrétiser ses ambitions d’émancipation commerciale et d’industrialisation. Dans un éditorial publié le 7 septembre par l’hebdomadaire Jeune Afrique, Thaïs Brouck dresse un bilan critique de ce grand marché unifié, pointant le décalage flagrant entre les ratifications institutionnelles et la réalité des flux marchands transfrontaliers.
L’éditorialiste rappelle que le cadre formel semblait pourtant prometteur, la quasi-totalité des États du continent ayant ratifié le traité, à l’exception notable de l’Érythrée. Les règles d’origine ont été harmonisées, l’engagement d’exempter 90% des lignes douanières a été acté et le système panafricain de paiement et de règlement couvre déjà 23 pays.
Toutefois, l’auteur souligne le contraste entre le discours de Wamkele Mene, secrétaire exécutif de l’organisation qui salue un rythme d’adoption remarquable, et la modestie des échanges concrets. Entre 2022 et 2025, le commerce intra-africain est passé de 200 à 220 milliards de dollars, mais sa proportion stagne inexorablement autour de 15% du volume global.
Le continent demeure ainsi enfermé dans une dépendance historique aux exportations de matières premières brutes à destination des puissances extérieures. L’analyste de Jeune Afrique estime que les blocages actuels incombent principalement aux gouvernements signataires, prompts aux déclarations solennelles mais réticents aux sacrifices économiques.
L’ouverture concurrentielle implique en effet des pertes fiscales douanières immédiates, des modernisations de postes-frontières et de lourds investissements logistiques que beaucoup d’États hésitent à assumer. Les réflexes protectionnistes perdurent, les capitales continuant d’appréhender leurs voisins comme des compétiteurs plutôt que comme des partenaires de croissance.
Le journaliste met également en exergue l’absence d’une autorité supranationale contraignante. Dépourvue d’une commission dotée de pouvoirs réels, d’un budget autonome conséquent ou d’un tribunal doté de sanctions effectives à l’instar du modèle européen, l’intégration continentale reste un dessein inachevé faute de pilotage administratif rigoureux.