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Au Soudan, la prise d’otages devient une économie de rançon
La guerre a transformé la captivité en source de revenus : des civils sont désormais enlevés, détenus et monnayés, tandis que les rançons alimentent directement l’économie des groupes armés
 

(AfriquesPlus) - Au Soudan, fuir les combats peut désormais conduire à une autre forme de violence : la captivité contre rançon. Une analyse publiée le 5 septembre 2026 par Eurasia Review, sous la signature de Robert Bociaga pour Arab News, décrit l’installation progressive d’un système où des civils deviennent des sources de revenus pour les groupes armés.

L’article s’appuie notamment sur le témoignage de Mohammed Bakhit, un habitant d’El-Fasher capturé alors qu’il tentait de rejoindre Tawila avec d’autres civils. Selon son récit, des combattants des Forces de soutien rapide (RSF) ont détenu le groupe pendant plusieurs jours et exigé que les prisonniers négocient leur libération avec leurs familles. Deux hommes incapables de réunir la somme demandée auraient été exécutés. Bakhit, à qui 50 millions de livres soudanaises avaient d’abord été réclamés, a finalement été libéré après le versement de 5 millions par sa famille.

Cette pratique s’est développée dans le contexte de la guerre déclenchée en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, et les RSF de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. La chute d’El-Fasher aux mains des RSF, en octobre 2025, a été suivie d’un exode massif et de nombreuses arrestations. L’ONU a recensé plus de 6 000 morts au cours des trois premiers jours de l’offensive finale, ainsi que des enlèvements, des détentions arbitraires et des demandes de rançon.

Selon Ibrahim Osman, militant des droits humains cité dans l’analyse, les enlèvements seraient devenus progressivement plus structurés. Les ravisseurs évalueraient notamment le statut du détenu et la capacité de ses proches à réunir rapidement de l’argent. Des familles sont ainsi contraintes de vendre des biens, de s’endetter ou de solliciter leurs proches à l’étranger.

Le versement d’une rançon ne garantirait toutefois pas la libération. Certains détenus auraient été tués malgré le paiement ou transférés à d’autres forces de sécurité, laissant leurs proches sans nouvelles.

La rançon constitue une composante d’une économie de guerre plus vaste. Les groupes armés tirent également des revenus du contrôle des territoires, des mines d’or, des barrages routiers, du bétail et des productions agricoles. La captivité présente cependant un avantage particulier : elle permet de générer rapidement des liquidités.

L’analyse met également en lumière le rôle des Emergency Response Rooms, réseaux citoyens issus de la révolution de 2019, qui assurent l’aide alimentaire, médicale et l’évacuation de civils. Ces volontaires sont eux-mêmes pris pour cible : au moins 141 auraient été tués depuis le début du conflit, selon les informations citées.

Pour Robert Bociaga, le phénomène soudanais rejoint celui observé dans d’autres conflits, notamment en République démocratique du Congo, au Sahel et au Myanmar : la maîtrise d’un territoire permet aux groupes armés de transformer les ressources, les déplacements de population et jusqu’à la détention des civils en instruments de financement de la guerre.

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