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France : ouverture du procès de 14 personnes après le naufrage qui a tué 31 migrants dans la Manche
Près de cinq ans après le naufrage le plus meurtrier jamais enregistré dans la Manche, 14 personnes comparaissent à partir de ce mardi devant la justice pour leur implication présumée dans la traversée clandestine qui avait coûté la vie à 31 migrants
 

(AfriquesPlus) - Près de cinq ans après le naufrage le plus meurtrier jamais enregistré dans la Manche, quatorze personnes comparaissent à partir de ce mardi devant la justice française pour leur implication présumée dans la traversée clandestine qui avait coûté la vie à 31 migrants. Au-delà de la responsabilité des passeurs présumés, ce procès ravive également les interrogations sur la réaction des services de secours français et britanniques face aux appels de détresse.

C'est l'un des drames les plus meurtriers de l'histoire récente de la traversée de la Manche. Le*24 novembre 2021, une embarcation pneumatique transportant des dizaines de migrants a sombré au large de Calais, alors qu'elle tentait de rejoindre les côtes britanniques.

Trente et une personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles un enfant de sept ans. La plupart des victimes étaient des ressortissants kurdes originaires d'Irak, mais le groupe comptait également des Afghans, des Éthiopiens et des Égyptiens, âgés de 7 à 46 ans.

Vingt-sept corps avaient été retrouvés après le naufrage. Quatre personnes demeurent toujours portées disparues.

 Un canot surchargé au cœur de l'enquête

Selon les éléments recueillis au cours de l'enquête et les témoignages des deux survivants, l'embarcation aurait commencé à se dégonfler et à prendre l'eau après plusieurs heures de navigation.

Les passagers auraient alors tenté de rester à bord tandis que le canot se remplissait progressivement. Des appels de détresse auraient été adressés à plusieurs reprises aux services français et britanniques.

La situation a finalement dégénéré lorsque les occupants sont tombés à l'eau les uns après les autres.

Un bateau de pêche français avait donné l'alerte après avoir repéré des corps dans l'eau, à proximité des eaux britanniques. Lorsque les secours ont finalement localisé l'embarcation, plusieurs heures s'étaient écoulées depuis les premiers appels à l'aide.

 Quatorze prévenus devant la justice

Le procès qui s'ouvre ce mardi entend déterminer les responsabilités pénales dans l'organisation de cette traversée.

Quatorze personnes sont poursuivies, principalement pour homicide involontaire et aide à l'immigration clandestine en bande organisée. La majorité des prévenus sont nés en Afghanistan. Deux d'entre eux, faisant l'objet de mandats d'arrêt, doivent être jugés par contumace.

L'accusation leur reproche d'avoir participé, à des degrés divers, à l'organisation de la traversée et à la mise à l'eau d'une embarcation considérée comme particulièrement dangereuse : elle aurait été surchargée, inadaptée à la navigation en haute mer et insuffisamment équipée pour assurer la sécurité de ses passagers.

Les investigations ont notamment permis aux enquêteurs de distinguer deux réseaux présumés de passeurs, l'un lié à des ressortissants afghans et l'autre à des ressortissants irakiens. Les enquêteurs se sont appuyés sur différents éléments, parmi lesquels les communications téléphoniques et les données de géolocalisation.

Mais les prévenus contestent les accusations portées contre eux. Certains nient avoir participé à un réseau de passeurs et affirment avoir été eux-mêmes des candidats à la traversée. Le procès devra donc déterminer le rôle exact de chacun et établir, au-delà des simples contacts ou présences, les éventuelles responsabilités individuelles.

 114 parties civiles attendues à l'audience

Le procès revêt une dimension exceptionnelle par le nombre de personnes directement touchées par le drame.

114 parties civiles se sont constituées, parmi lesquelles les familles des victimes et des proches venus notamment du Kurdistan irakien.

Pour ces familles, l'audience représente une étape importante dans la recherche de réponses, près de cinq ans après le naufrage.

Au-delà de la question judiciaire, beaucoup souhaitent comprendre comment leurs proches ont pu se retrouver dans une embarcation aussi vulnérable et pourquoi les secours n'ont pas réussi à empêcher le bilan particulièrement lourd de cette nuit de novembre 2021.

 Le rôle des secours au cœur d'une autre enquête

La responsabilité des passeurs présumés n'est toutefois pas le seul sujet sensible de cette affaire.

Un autre volet de la procédure concerne sept militaires français, dont cinq membres d'un centre de coordination des secours maritimes et deux marins affectés à un navire de patrouille. Ils font l'objet depuis 2023 d'une enquête pour une éventuelle non-assistance à personne en danger.

Cette procédure est distincte du procès qui s'ouvre aujourd'hui et aucune conclusion définitive ne peut, à ce stade, être tirée concernant leur responsabilité.

Une enquête britannique publiée en février a néanmoins estimé que certains décès auraient pu être évités si les autorités françaises et britanniques étaient intervenues plus rapidement. Elle s'est notamment intéressée au délai séparant les premiers appels de détresse de la localisation de l'embarcation.

Cette question pourrait donner lieu à une procédure judiciaire distincte en France.

 Derrière le dossier judiciaire, la tragédie humaine

Pour les avocats des familles, le procès ne doit cependant pas se réduire à une succession de chiffres, de communications téléphoniques et de rapports techniques.

Matthieu Chirez, avocat de 113 parties civiles, estime que la justice doit déterminer les responsabilités de tous ceux qui ont pu jouer un rôle dans la tragédie.

Son confrère Emmanuel Daoud insiste, lui, sur la nécessité de replacer les victimes au centre du procès, afin qu'elles ne soient pas considérées comme de simples statistiques liées à l'immigration clandestine.

Cette dimension humaine est d'autant plus importante que la traversée de la Manche continue.

 La Manche, devenue une route migratoire majeure

Depuis plusieurs années, des milliers de migrants tentent chaque année de rejoindre le Royaume-Uni depuis les côtes françaises à bord d'embarcations souvent précaires.

La traversée est particulièrement dangereuse en raison des conditions météorologiques, des courants, du trafic maritime intense et de la fragilité des petites embarcations utilisées par les réseaux de passeurs.

Le drame du 24 novembre 2021 avait marqué un tournant par son ampleur. Mais il n'a pas mis fin aux traversées.

Le procès qui s'ouvre aujourd'hui devra donc répondre à une question judiciaire précise : quelles responsabilités peuvent être attribuées aux personnes poursuivies dans la mort des 31 migrants ?

Mais derrière cette question se profile une problématique beaucoup plus vaste : celle d'une route migratoire où se croisent réseaux de passeurs, politiques de contrôle des frontières, détresse humaine et obligation de porter secours.

Pour les familles des victimes, l'enjeu est désormais que la justice établisse les faits avec précision, distingue les responsabilités avérées des accusations qui doivent encore être démontrées et rende aux 31 disparus leur dimension humaine, au-delà du seul chiffre du bilan.

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