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L’impossible compromis sur le Nil bleu
Un an après l’inauguration du grand barrage de la Renaissance en Éthiopie, aucun traité contraignant ne protège les approvisionnements en eau de l’Égypte et du Soudan
 

(AfriquesPlus) - Depuis l’inauguration et la mise en service officielle du grand barrage de la Renaissance éthiopien (GERD) en septembre 2025 sur le Nil bleu, aucun traité juridiquement contraignant ne régit son exploitation entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan. 

Dans une analyse publiée le 4 septembre par le média en ligne Afrique XXI, le diplomate et essayiste Abdelrahim Shalaby décortique les raisons structurelles pour lesquelles Le Caire n’a pu empêcher l’achèvement de ce projet monumental, tout en évaluant l’impact hydrique à moyen terme sur l’agriculture égyptienne.
 

L’auteur souligne que la diplomatie égyptienne s’est heurtée à un isolement régional grandissant. Tandis que le Soudan reste paralysé par une guerre civile dévastatrice, l’Union africaine n’a su instaurer aucun mécanisme contraignant en une décennie de pourparlers, et six pays du bassin ont validé en octobre 2024 un accord-cadre auquel Le Caire n’a pas souscrit.

Sur le plan sécuritaire, l’essayiste démontre que la retenue de l’armée égyptienne découle d’obstacles techniques et géopolitiques majeurs plutôt que d’un manque d’équipement.

Situé à 1 400 kilomètres, le barrage en béton compacté au rouleau ne peut être détruit par des frappes aériennes classiques, sans compter qu’une brèche du réservoir dévasterait en premier lieu le Soudan en aval.

De surcroît, une intervention armée réactiverait des lectures postcoloniales négatives en Afrique subsaharienne, réduisant à néant des décennies d’efforts diplomatiques égyptiens.

Cette retenue s’appuie également sur une mémoire historique partagée entre les deux plus anciennes civilisations du continent, du sanctuaire accordé aux premiers musulmans par le négus d’Aksoum en 615 jusqu’au soutien apporté par Nasser à Addis-Abeba pour héberger l’OUA en 1963.
 

L’analyste met en garde contre une menace agricole réelle bien que différée dans le temps.Avec une dotation tombée à 500 mètres cubes par habitant et par an — moitié moins que le seuil critique de pénurie —, l’Égypte fait face à un déficit hydrique structurel.

Si les chantiers de recyclage des eaux de drainage à l’image de Bahr El-Baqar, l’irrigation au goutte-à-goutte et le réservoir de 90 milliards de mètres cubes du lac Nasser offrent un répit de dix-huit à trente-six mois, ces dispositifs risquent d’accélérer la salinisation des terres et l’intrusion marine dans le delta.

Face à l’annonce de trois nouveaux barrages éthiopiens sur le Nil bleu — Karadobi, Mabil et Mandaya —, Le Caire réoriente son action vers la diplomatie financière. Le gouvernement égyptien cherche à dissuader les bailleurs régionaux comme les Émirats arabes unis et à solliciter l’influence de Washington auprès des institutions internationales pour conditionner tout futur crédit à la signature d’un accord global.

Faute d’un tel verrou, une nouvelle politique du fait accompli rendrait les options coercitives de plus en plus inévitables pour préserver la sécurité nationale égyptienne.

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