(AfriquesPlus) - Depuis la chute d’Andry Rajoelina en octobre 2025 à la suite d’un soulèvement de la jeunesse urbaine, le nouvel homme fort de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, a confié sa protection rapprochée à des mercenaires russes.
Dans une vaste enquête publiée par Afrique XXI fin octobre, la journaliste d’investigation Marine Jeannin décortique les mécanismes de cette réimplantation moscovite dans la Grande Île, fruit d’un ancrage stratégique amorcé dès 2018 sur fond de nostalgie soviétique, de convoitises minières et d’éviction progressive de l’influence française.
La reporter rappelle que l’arrivée au pouvoir du colonel Randrianirina s’est opérée avec l’appui du Capsat, unité militaire d’élite qui avait déjà favorisé le coup de force de 2009 Face aux risques de déstabilisation intérieure, le chef du régime s’est entouré d’une garde prétorienne étrangère et a rencontré Vladimir Poutine au Kremlin le 19 février 2026.
Cité dans l’article, le chercheur Olivier Vallée tempère l’efficacité de ce bouclier : « Les Russes sont les garants de sa sécurité physique. Mais ses véritables risques politiques restent dans la rue, la GenZ et ceux qu’on appelle les “4 Mi”, ces indigents sans famille, sans argent, sans domicile et sans travail ».
L’enquête démontre que ce partenariat s’appuie sur des relais bien implantés, au premier rang desquels figure le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko.[afriquexxi]
Surnommé « Behozatse », ce dernier utilise sa proximité avec le monde du judo pour entretenir un canal direct avec le maître du Kremlin.
Moscou a également consolidé son assise institutionnelle avec la nomination de Ny Hasina Andriamanjato au poste d’ambassadeur en Russie et l’envoi en formation à Moscou d’une délégation de cadres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).
Sur le terrain économique, l’implantation russe dépasse les seuls paramilitaires pour englober des réseaux d’affaires actifs dans l’or, le graphite et les terres rares. Des opérateurs affiliés à la marque Alpha cherchent notamment à décrocher la construction de la première raffinerie aurifère nationale, tandis que le groupe Alabuga tente de nouer des accords industriels.
La géostratégie maritime joue un rôle tout aussi déterminant : la position du chantier naval de la Secren à Diego-Suarez attise les convoitises de Moscou comme de Washington pour contrôler les routes reliant l’Atlantique à l’océan Indien.
Parallèlement, la France voit ses positions reculer, illustrées par l’expulsion en avril de son attaché de sécurité intérieure, le colonel Pierre Couve, et la nomination d’un nouvel ambassadeur, Jean-Marc Grosgurin, aguerri à la gestion de la présence de Wagner en Centrafrique.