(AfriquesPlus) -Dans un Burkina Faso confronté à l’aridité, au changement climatique et à une forte dépendance alimentaire, la culture de l’ananas gagne progressivement du terrain. Une expérience agricole inattendue qui illustre la volonté du pays de diversifier sa production et de renforcer son autonomie alimentaire.
Au cœur du Sahel, là où l’on associe traditionnellement l’agriculture au coton, au maïs ou au sorgho, un fruit tropical commence à bousculer les certitudes. Au Burkina Faso, des producteurs parviennent désormais à cultiver l’ananas dans un environnement pourtant réputé peu favorable à cette production.
À Ouagadougou, sur une terre rouge, sableuse et parfois caillouteuse, les rangées d’ananas témoignent d’une expérience qui dépasse désormais le simple stade de l’expérimentation.
Parmi les pionniers figure Oumarou Compaoré, issu d’une famille d’agriculteurs. Il s’est lancé dans la culture de l’ananas pendant la pandémie de Covid-19, avec l’ambition de démontrer que les contraintes climatiques du Sahel ne constituent pas nécessairement une fatalité.
Longtemps, explique-t-il, les producteurs eux-mêmes ont été influencés par l’idée selon laquelle certaines cultures étaient impossibles dans un pays sahélien. Pourtant, l’expérience menée sur le terrain a progressivement remis en question ces certitudes.
Une culture qui dépasse désormais le stade de l’expérimentation
Le succès de ces premières exploitations commence à inspirer d’autres agriculteurs. Après avoir observé le travail des pionniers et suivi une formation, certains producteurs se sont à leur tour lancés dans l’aventure.
Kaba Séré compte aujourd’hui près de 60 000 plants dans son exploitation. Pour elle, la question de savoir si l’ananas peut pousser au Burkina Faso ne se pose plus : les résultats obtenus sur le terrain constituent déjà une réponse.
Cette diversification agricole s’inscrit également dans une stratégie plus large de souveraineté alimentaire. Les autorités burkinabè encouragent la production locale et cherchent à réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations.
L’ananas est ainsi devenu l’un des symboles de cette ambition. Des initiatives de production ont même été développées dans des espaces inhabituels, notamment à l’intérieur d’une base militaire à Ouagadougou.
Produire et consommer burkinabè
Au-delà des défis agricoles, le développement des productions locales pose également la question des habitudes de consommation.
Dans de nombreux pays africains, les produits importés ont longtemps bénéficié d’une image valorisante auprès des consommateurs. Pour les défenseurs de la souveraineté alimentaire, renforcer la production nationale suppose donc aussi de changer les mentalités et de promouvoir davantage la consommation locale.
Cette réflexion s’inscrit dans l’héritage politique de Thomas Sankara, qui avait fait de l’autonomie agricole et de la capacité des populations à produire leur propre nourriture un élément central de son projet pour le Burkina Faso.
Aujourd’hui, les autorités de transition revendiquent largement cette ambition d’autonomie économique et alimentaire. La promotion de nouvelles cultures, le développement de la transformation locale et la réduction des importations constituent plusieurs axes de cette politique.
L’alimentation, un enjeu de stabilité
Dans un pays confronté à l’insécurité, à la pauvreté et aux conséquences du changement climatique, la question alimentaire dépasse largement le cadre de l’agriculture.
Garantir la disponibilité des produits alimentaires est également un facteur de stabilité sociale et politique. Une population confrontée à la hausse des prix ou aux pénuries peut rapidement exprimer son mécontentement.
C’est dans ce contexte que la diversification agricole prend toute son importance.
Les plantations d’ananas du Burkina Faso ne représentent pas seulement une curiosité agricole au cœur du Sahel. Elles traduisent une ambition plus large : démontrer que l’innovation, l’adaptation et la valorisation des ressources locales peuvent permettre au pays de repousser les limites traditionnellement imposées par son environnement.
Dans les champs de Ouagadougou, l’ananas devient ainsi bien plus qu’un fruit tropical. Il est désormais l’un des symboles d’un Burkina Faso qui cherche à produire davantage, à importer moins et à construire sa propre souveraineté alimentaire.