(AfriquesPlus) - Incarcéré depuis plus de neuf ans et demi pour avoir exercé son métier, le journaliste et prisonnier d’opinion camerounais Tsi Conrad a publié, le 20 août 2026 sur la plateforme de l’organisation Freedom House, un texte analysant les ressorts et les voies de sortie de la crise qui dévaste les régions anglophones du Cameroun.
Cette prise de parole intervient alors que le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 à la suite de la suppression de la limitation constitutionnelle des mandats en 2011, ne parvient pas à instaurer de cessez-le-feu. Défendu par le programme Fred Hiatt pour la libération des prisonniers politiques de Freedom House, Tsi Conrad revient en détail sur les circonstances de son emprisonnement et sur l’impasse militaire actuelle.
En décembre 2016, alors qu’il exerçait comme photojournaliste et réalisateur indépendant, Tsi Conrad couvrait les marches pacifiques menées par des avocats et des enseignants qui réclamaient le respect de leur langue, de leur culture et de leur système juridique.
Tsi Conrad relate : « Au lieu d’un dialogue, le gouvernement a répondu par des balles, et j’ai été arrêté sous la menace des armes, torturé et condamné à une peine de quinze ans de prison par un tribunal militaire pour avoir simplement capturé et dit la vérité. » Qualifiant sa détention de reflet d’une tragédie collective bien plus large, l’auteur dresse le constat des dix années d’affrontements armés opposant le gouvernement à dominante francophone aux régions anglophones. L’auteur détaille les ravages de cette crise : « Des centaines de villages incendiés, des milliers d’écoles désertées, des milliers de vies perdues, plus d’un million de réfugiés camerounais rien qu’au Nigeria et au Ghana, et près de deux millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. »
Face aux violences exercées à la fois par l’appareil répressif de l’État et par les groupes séparatistes armés, le journaliste souligne que les armes ont échoué à apporter une solution. Il estime que « ce blocage militaire prouve qu’une paix durable ne peut être bâtie sur la coercition ou la terreur » et que la stabilité véritable ne peut découler que d’une légitimité démocratique.
Pour résoudre ce qu’il qualifie de catastrophe passée sous silence, Tsi Conrad exhorte les Nations unies, l’Union africaine et les alliés démocratiques à transformer leurs simples déclarations de préoccupation en pressions diplomatiques concrètes. Selon l’auteur, les partenaires internationaux « doivent exiger un cessez-le-feu immédiat, un dialogue national inclusif sous la médiation de parties internationales neutres, et la libération de tous les prisonniers politiques. »
« Les droits humains triompheront dans les régions anglophones parce qu’ils sont le seul fondement assez solide pour soutenir un Cameroun uni, pacifique et véritablement démocratique »,estime-t-il.