(AfriquesPlus) - Une alliance inédite entre les rebelles houthistes du Yémen et le groupe djihadiste somalien al-Shabaab menace de déstabiliser durablement les équilibres sécuritaires et le commerce pétrolier dans le golfe d’Aden, révèle le journaliste Michael M. Phillips dans une enquête publiée par The Wall Street Journal le 31 août 2026.
Ce partenariat transcontinental unit deux adversaires historiques des États-Unis dans un mariage d’intérêts financiers et militaires. Alors qu’al-Shabaab dispose d’abondantes liquidités mais manque d’équipements de pointe, les insurgés houthistes fournissent armements perfectionnés, formations tactiques et savoir-faire technologique en échange de fonds et d’un nouveau point d’ancrage maritime face aux Occidentaux.
L’ampleur de ce réseau s’est révélée lors d’une frappe ciblée menée le 12 février au Yémen, lorsqu’un missile américain a pulvérisé le véhicule de Jibril Yahya Ali, alias « Gacaamey ». Cet intermédiaire somalien de 38 ans coordonnait depuis au moins 2023 le transfert d’armes lourdes et l’hébergement de délégations terroristes à Sanaa sous une fausse identité yéménite.
Selon un rapport du service antiterroriste yéménite cité par le journal, Jibril était considéré comme « l’une des figures clés du renforcement des liens entre les houthistes et al-Shabaab par l’échange d’expertise et la coordination, en particulier pour faciliter le transfert d’armes et d’équipements militaires. »
Bien que l’opération américaine ait coûté la vie au courtier, son décès est intervenu trop tard pour interrompre les circuits d’approvisionnement clandestins déjà établis à travers le golfe d’Aden au moyen d’embarcations de pêche et de sociétés écrans. Face à cette menace grandissante, le général américain Dagvin Anderson, commandant des forces américaines en Afrique, a alerté dans les colonnes du Wall Street Journal : « Vous avez al-Shabaab, la filiale la plus importante et la plus lucrative d’Al-Qaïda, qui accède à des armes et à des entraînements plus sophistiqués.
De l’autre côté, les houthistes étendent leur portée géographique, gagnant un point d’ancrage qui pourrait déstabiliser davantage l’un des goulets d’étranglement économiques les plus critiques au monde. Ce n’est pas seulement un problème régional. Cela a des implications mondiales. »
Les commandes transmises par les émissaires somaliens incluent des missiles antiaériens portables, des roquettes Katioucha de 107 mm, des fusils de précision Dragunov, des missiles antichars ainsi que du matériel de vision nocturne américain. Au moins une centaine de combattants d’al-Shabaab ont également voyagé jusqu’à Saada, au Yémen, pour se former à la fabrication d’engins explosifs et au pilotage de drones d’attaque.
Pour financer ces achats, l’organisation djihadiste s’appuie sur des revenus criminels estimés à au moins 100 millions de dollars par an, tirés de l’extorsion et de l’exploitation de mines d’or artisanales. Ce rapprochement s’accélère également en réaction aux initiatives militaires dans la région, notamment la reconnaissance de l’indépendance du Somaliland par Israël en décembre, ouvrant un accès potentiel à la piste et au port stratégique de Berbera.
En réaction, le chef houthiste Abdul Malik al-Houthi a publiquement averti : « Nous interviendrons à tout moment pour cibler toute activité ou présence de l’ennemi israélien au Somaliland. » En juin dernier, une délégation houthiste s’est ainsi rendue à Jilib, en territoire somalien contrôlé par al-Shabaab, afin de planifier l’installation conjointe de radars de surveillance côtière destinés à surveiller et cibler le trafic maritime commercial.