(AfriquesPlus) - La multiplication des attaques et l’évolution des groupes jihadistes montrent, selon le chercheur tchadien Abdellatif Adam Moussa, que la crise sécuritaire au Sahel a changé d’échelle. Dans une analyse publiée le 18 août 2026 par le Centre africain de sensibilisation aux études stratégiques et politiques (Afro Awareness Center), l’auteur estime que les organisations armées disposent désormais de capacités de coordination et d’action transfrontalière qui compliquent considérablement la réponse des États.
Abdellatif Adam Moussa met en avant plusieurs facteurs expliquant cette évolution : pauvreté, chômage, effets du changement climatique, faiblesse des ressources, trafics d’armes et de drogues, exploitation clandestine de l’or et du carburant et criminalité organisée. Ces facteurs se combinent, selon lui, aux insuffisances de la coopération sécuritaire entre les pays de la région.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger constituent les principaux théâtres de cette confrontation. L’auteur relève la progression du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que l’activité de groupes liés à l’État islamique. Les attaques se concentrent notamment dans les zones frontalières, où la faiblesse du contrôle étatique facilite les déplacements et l’organisation des groupes armés. Le Nigeria demeure également fortement exposé, avec les violences d’ISWAP et de Boko Haram.
L’analyse revient par ailleurs sur les transformations géopolitiques de ces dernières années. Le départ des forces françaises et américaines du Sahel et la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO ont, selon le chercheur, affaibli les dispositifs régionaux de coopération en matière de renseignement, de logistique et de sécurité. Quant à la présence russe à travers l’Africa Corps, elle n’aurait pas permis de contenir durablement l’expansion des groupes armés.
Le chercheur se montre également réservé à l’égard de certaines politiques nationales visant des responsables religieux ou des communautés spécifiques. Il considère que de telles mesures peuvent nourrir les tensions sociales et détourner l’attention des véritables facteurs de l’instabilité.
Pour Abdellatif Adam Moussa, la crise ne pourra donc pas être résolue par la seule force militaire. Il préconise une approche combinant sécurité, développement, coopération régionale et compréhension des causes sociales et économiques du recrutement jihadiste. À ses yeux, la priorité consiste à établir un diagnostic précis du phénomène afin d’éviter des réponses qui, faute de s’attaquer aux racines de la crise, pourraient contribuer à la prolonger.