(AfriquesPlus) - Le Sénégal et le Fonds monétaire international ont conclu un accord au niveau des services pour un nouveau programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Mais avant tout décaissement, Dakar devra convaincre sur sa capacité à restaurer la transparence des finances publiques et à corriger les irrégularités qui avaient conduit à la suspension du précédent programme.
Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) franchissent une nouvelle étape dans leurs relations financières. La cheffe de mission du FMI au Sénégal, Mercedes Vera Martin, a annoncé mardi 1er septembre la conclusion d’un accord au niveau des services pour un programme de 36 mois, d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars.
L’accord, négocié lors d’une mission du FMI à Dakar entamée le 19 août, s’inscrit dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et doit accompagner les réformes économiques et financières du Sénégal sur la période 2026-2029.
Mais cet accord ne signifie pas encore que les fonds seront immédiatement disponibles. Il devra d’abord être approuvé par la direction et le conseil d’administration du FMI. Surtout, Dakar devra remplir plusieurs conditions avant la validation définitive du programme.
Le poids du précédent programme
Le principal défi concerne les graves divergences constatées dans les données des finances publiques sénégalaises.
Le précédent programme conclu avec le FMI en 2023, pour environ 1,8 milliard de dollars, avait été suspendu après une réévaluation des comptes publics. Le déficit budgétaire de 2023, initialement annoncé à 4,9 % du PIB, avait finalement été révisé à 12,3 %, tandis que la dette publique avait elle aussi connu une forte réévaluation.
Cette situation avait sérieusement affecté la confiance des partenaires financiers et placé les autorités sénégalaises face à l'urgence d'une plus grande transparence dans la gestion des finances publiques.
Le FMI attend donc désormais des autorités la mise en œuvre de mesures correctives solides, afin de traiter définitivement le dossier des déclarations erronées et d'obtenir les dérogations nécessaires.
Le Sénégal devra également obtenir des assurances de financement auprès de ses partenaires.
Restaurer les finances publiques
Le nouveau programme vise à améliorer durablement la situation financière du pays et à assurer une meilleure viabilité de la dette.
Les réformes prévues concernent notamment la mobilisation des recettes intérieures, la maîtrise et la rationalisation des dépenses publiques, l'amélioration de la gestion de la dette ainsi que le suivi des arriérés.
Une attention particulière devrait également être accordée aux entreprises publiques et à la transparence de leur gestion.
Parallèlement, le FMI prévoit des mesures destinées à protéger les populations les plus vulnérables. Des mécanismes de protection sociale et des transferts monétaires ciblés devraient permettre de limiter l'impact des réformes sur les ménages les plus fragiles.
Le pétrole soutient la croissance
Malgré les difficultés budgétaires, l'économie sénégalaise affiche une croissance soutenue.
En 2025, la croissance a atteint 6,7 %, notamment grâce à la première année complète de production pétrolière. Cette dynamique masque toutefois une réalité plus contrastée : hors hydrocarbures, la croissance n'a été que de 2,2 %.
Les premiers mois de 2026 semblent néanmoins marquer une amélioration. Au premier trimestre, la croissance hors hydrocarbures a atteint 4,7 % sur un an, tandis que l'inflation est restée contenue à 1,4 %.
Pour les autorités, l'enjeu consiste désormais à transformer les revenus et la dynamique liés aux hydrocarbures en une croissance plus durable et plus largement répartie dans l'économie.
Un test de crédibilité pour Dakar
Au-delà des 2,2 milliards de dollars annoncés, ce nouvel accord constitue surtout un test de crédibilité pour le Sénégal.
Son approbation pourrait ouvrir la voie à des financements supplémentaires de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d'autres partenaires.
Mais Dakar devra d'abord convaincre qu'une nouvelle page est réellement ouverte dans la gestion des finances publiques.
Entre la pression de la dette, les attentes sociales et les exigences de transparence du FMI, le gouvernement sénégalais joue désormais une partie importante : transformer un accord technique en un véritable soutien financier et restaurer durablement la confiance de ses partenaires internationaux.