(AfriquePlus) - Près de 350 aires protégées quadrillent le continent africain, présentées comme des sanctuaires de biodiversité. Un reportage diffusé sur France Culture révèle comment leur création s'est souvent faite au prix de l'expulsion violente des populations locales.
Selon ce document de France Culture, entre 1 et 14 millions de bergers et d'agriculteurs auraient été chassés de leurs terres au 20e siècle pour laisser place à des réserves naturelles. Le reportage retrace l'origine de ce phénomène jusqu'aux 16e et 17e siècles, lorsque explorateurs et scientifiques européens projettent sur l'Afrique le fantasme d'un « paradis perdu », intact et vierge de présence humaine, une image que popularisera plus tard, dans l'imaginaire collectif, un film d'animation comme Le Roi Lion.
Paradoxe souligné par France Culture : c'est en réalité la colonisation elle-même qui bouleverse les écosystèmes africains, avec environ 95 millions d'hectares de forêts défrichés entre 1850 et 1920 en Afrique et en Asie pour l'exploitation agricole. Plutôt que d'assumer cette responsabilité, les administrations coloniales imputent la dégradation des sols aux populations locales et instaurent des réserves de chasse, converties en parcs nationaux dans les années 1930.
Le reportage établit un lien direct entre la décolonisation des années 1960 et la naissance du World Wildlife Fund. Craignant de perdre la main sur la gestion des parcs après les indépendances — ce qu'ils redoutent comme une « africanisation » des réserves —, d'anciens administrateurs coloniaux se reconvertissent en experts internationaux avec l'appui de l'UNESCO et de l'UICN, qui créent en 1961 un fonds dédié à cette organisation.
France Culture pointe une différence de traitement persistante entre pays du Nord et du Sud : le parc national des Cévennes, protégé par l'UNESCO, valorise ses bergers, tandis que l'organisation exige en 2016 l'expulsion des éleveurs du parc éthiopien du Simien. Le reportage cite également les révélations du journaliste Wilfried Huismann, publiées en 2014 dans son livre-enquête PandaLeaks, selon lesquelles le WWF aurait financé et armé des écogardes responsables de violences et de tortures contre des milliers d'autochtones en Afrique et en Asie.