(AfriquePlus) - Autrefois perçu par les chancelleries occidentales comme un continent en crise, le continent africain s'est imposé comme le théâtre majeur des rivalités stratégiques internationales. Selon une grande enquête menée par Viviane Forson et Clara Dealberto, publiée le 13 juillet 2026 dans Le Point Afrique, l'offensive économique historique de Pékin a ouvert la voie à une vague de nouveaux compétiteurs — de la Turquie aux Émirats arabes unis en passant par l'Inde — venus disputer marchés, infrastructures et minerais critiques.
Illustrant ce basculement à Ouidah au Bénin, où une entreprise d'État chinoise édifie un complexe mémoriel et touristique de 117 milliards de francs CFA face à l'océan, Pékin a consolidé sa place de premier partenaire commercial avec près de 300 milliards de dollars d'échanges en 2024. Le géographe Xavier Aurégan, spécialiste des relations sino-africaines interrogé par Le Point Afrique, rappelle que « depuis les années 1960, l’obtention du soutien des États africains constitue un objectif permanent de la diplomatie chinoise », les cinquante-quatre pays du continent représentant un quart des voix à l'Assemblée générale de l'ONU.
Derrière le pionnier chinois, les puissances émergentes déploient leurs propres leviers.
Ankara a porté son réseau de 12 à 44 ambassades en deux décennies pour dépasser 35 milliards de dollars d'échanges, couplant ses ventes de drones Bayraktar et de BTP à un écosystème d'écoles et de bourses universitaires. De leur côté, les Émirats arabes unis contrôlent une quinzaine de hubs portuaires stratégiques pour sécuriser les routes maritimes vers le Golfe et préparer l'après-pétrole.
Face à cet afflux de convoitises aiguisé par la course aux métaux de la transition technologique, les capitales africaines imposent de nouvelles exigences de gouvernance. Roland Portella, associé-gérant du cabinet Dratigus Development, souligne cette mutation des négociations : « Les États africains sont devenus beaucoup plus exigeants. Ils comparent désormais les offres, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. » Les gouvernements mettent désormais les partenaires en concurrence directe pour exiger du contenu local, des formations techniques et des transferts de compétences accrus.