(AfriquesPlus) - Et si le Venezuela devenait le laboratoire d’une nouvelle forme de domination américaine ? Dans une analyse publiée le 1er septembre 2026, Le Grand Continent, sous la signature de Le Grand Continent, décortique l’accord pétrolier présenté par Donald Trump comme « le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Derrière le discours sur la reconstruction économique et la sécurité énergétique, la revue identifie un dispositif qui placerait une part considérable des ressources pétrolières vénézuéliennes sous contrôle américain pour un siècle.
L’accord porte sur plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées, répartis sur 17 champs. Selon le fact sheet publié par la Maison-Blanche le 31 août, une entreprise privée vénézuélienne, North American Blue Energy Partners (NABEP), accorderait aux États-Unis 35 % de son capital, auxquels s’ajouteraient un droit d’achat de 20 % de la production au prix de revient et un droit de préemption sur les 80 % restants. Pour Le Grand Continent, cette combinaison donne à Washington une capacité de contrôle économique qui dépasse largement une participation classique dans une entreprise.
La revue considère surtout la durée de la concession comme un élément révélateur. Les champs seraient attribués pour 100 ans, alors que la législation pétrolière vénézuélienne prévoit normalement des contrats beaucoup plus courts et maintient une participation majoritaire de l’État. Le Grand Continent rapproche cette durée de concessions historiques accordées au début du XXe siècle dans des pays soumis à une forte influence impériale.
L’architecture de gouvernance renforce cette lecture. Washington disposerait d’un droit de veto sur la nomination des administrateurs et la majorité du conseil de NABEP devrait être composée de citoyens américains. Les contrats seraient par ailleurs soumis au droit et aux tribunaux américains. Pour la revue, il ne s’agit donc plus seulement d’investir dans le pétrole vénézuélien, mais de créer une enclave économique fonctionnant largement selon les règles de la puissance américaine.
Le choix de NABEP et de son dirigeant, Alejandro Betancourt López, constitue également, selon l’analyse, une importante zone d’ombre. L’homme d’affaires, issu des milieux économiques enrichis sous le chavisme, est présenté comme un intermédiaire important entre Caracas et Washington. Le Grand Continent relève notamment les controverses judiciaires qui ont entouré ses activités passées et s’interroge sur le choix d’une entreprise encore peu connue pour piloter une opération pétrolière d’une telle ampleur.
L’accord s’inscrit parallèlement dans une offensive géopolitique visant à réduire l’influence de la Chine et de la Russie au Venezuela. Plusieurs champs concernés étaient auparavant exploités ou contrôlés par des entreprises liées à ces deux puissances. La Maison-Blanche présente cette stratégie comme une réaffirmation de la doctrine Monroe. Le Grand Continent relève toutefois le paradoxe : Washington dénonce l’emprise de puissances étrangères sur les ressources vénézuéliennes tout en organisant leur transfert sous contrôle américain.
L’enjeu financier est tout aussi important. La Maison-Blanche promet au Venezuela environ 200 milliards de dollars de recettes fiscales et de redevances sur 25 ans, ainsi que jusqu’à 100 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures pétrolières. Le Grand Continent relativise fortement ces annonces. En tenant compte de la valeur temporelle de l’argent et d’un taux d’actualisation de 10 %, les 200 milliards promis représenteraient selon ses calculs environ 55 milliards de dollars en valeur actuelle. Une somme qui resterait inférieure à la dette financière actuelle du Venezuela.
Enfin, l’analyse souligne que Washington ne contrôlerait pas seulement l’exploitation du pétrole, mais aussi une partie de la gestion des revenus qui en découlent. Les mécanismes de supervision financière mis en place par l’administration Trump placeraient ainsi les recettes et les dépenses publiques sous surveillance américaine. Pour Le Grand Continent, ce dispositif rappelle les régimes de tutelle financière imposés autrefois dans plusieurs pays des Caraïbes et d’Amérique latine.
L’analyse aboutit ainsi à une lecture particulièrement critique de l’accord : le Venezuela ne serait pas simplement en train de privatiser son secteur pétrolier, mais de céder une partie substantielle de sa souveraineté économique à Washington. Pour Le Grand Continent, le cas vénézuélien pourrait ainsi constituer l’une des premières manifestations contemporaines d’un système combinant intervention militaire, tutelle politique, contrôle financier et appropriation des ressources naturelles.