Skip to main content
Eswatini, le dernier bastion diplomatique de Taïwan face à l’hégémonie de Pékin en Afrique
Face à la puissance financière de Pékin qui a rallié la quasi-totalité des capitales, le petit royaume résiste comme l’unique partenaire officiel de Taïwan, au prix d’équilibres politiques et financiers singuliers
 

(AfriquesPlus) - Face à l’offensive diplomatique et financière menée par Pékin sur le continent africain, le royaume d’Eswatini demeure le seul et unique allié officiel de Taipei en Afrique, rapporte le journaliste Hadrien Degiorgi dans une enquête publiée par Le Point Afrique le 15 juillet 2026.

L’isolement croissant de l’île s’est illustré le 21 avril 2026 lorsque l’avion du président élu taïwanais Lai Ching-te est resté bloqué au sol à la suite du refus de Madagascar, de Maurice et des Seychelles d’ouvrir leur espace aérien, un épisode dénoncé par le parlement taïwanais comme une obstruction orchestrée par Pékin.

Sur les 18 pays africains ayant entretenu des liens avec Taipei depuis les indépendances, la quasi-totalité a fini par basculer vers Pékin, à l’image du Sénégal, du Tchad, de la Gambie ou du Burkina Faso. Cette recomposition découle de l’essor des investissements directs chinois, qui atteignent une moyenne annuelle de 4 milliards de dollars selon le ministère chinois du Commerce, surclassant régulièrement les États-Unis dans le secteur des infrastructures depuis 2008.

Interrogé par Le Point Afrique, le vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, François Chih-Chung Wu, rappelle la singularité de ce lien : « Eswatini est le seul pays africain qui a maintenu ses relations avec Taïwan sans interruption, cela explique la relation très spéciale entre nos deux pays. »

Pour cette monarchie enclavée de 1,3 million d’habitants, l’appui taïwanais s’avère stratégique. Xavier Aurégan, chercheur associé à l’Institut français de géopolitique, souligne qu’« Eswatini profite en outre de la diplomatie du chéquier taïwanais, qui, en termes de développement, est loin d’être inutile ». Taipei a notamment financé 15% de l’aéroport international de Manzini et soutient la construction d’un dépôt pétrolier stratégique de 300 millions de dollars garantissant 60 jours de réserves au pays.

Ce partenariat suscite toutefois des critiques, Eswatini constituant la dernière monarchie absolue du continent, dirigée par le roi Mswati III où les partis politiques sont bannis depuis 1973 et où la contestation populaire de 2021 a été durement réprimée, marquée par l’assassinat non élucidé de l’opposant Thulani Maseko en 2023.

Défendant ce réalisme géopolitique, François Chih-Chung Wu soutient que « la démocratie n’est pas le seul critère pour les relations bilatérales entre deux pays » tout en assurant que Taipei n’interviendra jamais dans les affaires intérieures du royaume.
Xavier Aurégan rappelle pour sa part que « Taïwan est en carence diplomatique, elle n’a pas le choix que de composer avec ce type de pouvoir monarchique. »

Si les échanges commerciaux bilatéraux n’ont pas dépassé 8 millions de dollars en 2025 selon le ministère taïwanais de l’Économie, la coopération s’articule autour de la santé, de la formation médicale et du développement d’un parc d’innovation industrielle. En parallèle, Taipei conserve des bureaux économiques en Afrique du Sud, au Nigeria et en Côte d’Ivoire, tout en développant une présence au Somaliland, territoire non reconnu de la Corne de l’Afrique offrant de nouvelles perspectives diplomatiques.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
805
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3