(AfriquesPlus) - La coopération entre l’Égypte et la Chine pourrait prendre une nouvelle dimension à travers l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les grands corridors commerciaux eurasiatiques, estime la politologue égyptienne Nadia Helmy dans une analyse publiée par Modern Diplomacy.
L’Égypte, partenaire de dialogue de l’OCS depuis 2022, occupe selon l’autrice une position stratégique à la jonction de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie. Cette situation renforce son intérêt pour Pékin, notamment dans le cadre des Nouvelles routes de la soie. Le canal de Suez constitue ici un atout majeur puisqu’il permet de relier les principales routes commerciales entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.
L’analyse souligne également le rapprochement entre le canal de Suez et les corridors terrestres eurasiens, notamment le corridor international Nord-Sud, reliant notamment la Russie, l’Iran et l’Asie du Sud. Pour la Chine, cette diversification des itinéraires commerciaux permettrait de réduire sa dépendance à certains passages maritimes stratégiques et de mieux sécuriser ses chaînes d’approvisionnement.
Cette coopération comporte aussi une dimension énergétique. L’Égypte pourrait renforcer son rôle dans la sécurisation des routes maritimes de la mer Rouge, du détroit de Bab el-Mandeb et du canal de Suez, tout en développant sa position de plateforme régionale pour le gaz naturel. Pékin participe parallèlement au développement de ports égyptiens sur les façades méditerranéenne et de la mer Rouge, ainsi qu’à la création de zones industrielles et logistiques communes.
Pour l’Égypte, les bénéfices attendus sont économiques : développement des infrastructures, augmentation des échanges, attraction d’investissements chinois, transfert de technologies et création d’emplois, notamment dans les secteurs des transports, de l’industrie et des énergies renouvelables.
Au-delà des intérêts bilatéraux, Nadia Helmy présente ce partenariat comme un exemple de coopération Sud-Sud susceptible de contribuer à l’émergence d’un ordre international plus multipolaire. Elle estime que Le Caire et Pékin peuvent également défendre une réforme des institutions internationales afin d’accroître la représentation des pays du Sud dans la gouvernance mondiale.
L’analyse assume enfin une lecture géopolitique du rapprochement sino-égyptien : l’approfondissement des relations avec la Chine et l’intégration aux réseaux eurasiatiques participeraient à la remise en cause d’un système international dominé par les États-Unis. L’autrice souligne notamment la convergence entre Pékin et une partie du Sud global sur la réforme de la gouvernance internationale et le principe d’une plus grande autonomie des États.